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L'Art de faire les Portraits a la Szlhouette er? Miniature à la manière angloife, à l’aide de la Chambre obfcure.

et tt Chap. VIII, pag. 55.

fi a fu démafquer, dans fes heureux Écrits,

Du grand art de jongler les trop nombreux Apôtres. 11 eut des envieux, mais encor plus d’amis,

Lt mérita d’avoir & les uns & les autres.

Par M. SaiT*#, PE ]

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CHDICITCE DE JÉROME SHARP; à

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Profefleur de Phyfique amufante;

P’on'trouve, parmi plufieurs Tours dont il n’eft point parlé dans fon Teftament , diverfes Récréa- tions relatives aux Sciences & Beaux-Arts;

Pour Jervir de troifième Juite A LA MAGIE BLANCHE DÉVOILÉE; Par M. DECREMPS.

Avec 64 Figures.

Videte ne quis vos decipiat per..inanem fullaciam.

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A, PARIS, Et fe trouve à LIÈGE, hez F, J. DESOER, Imprimeur-Libraire, à la Croix d’or, fur le Pont-d’Ifle.

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1791.

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Sr ce quatrième Volume eft accueilli du public avec la même indulgence que les trois précédens, on en publiera un cinquiè- me, qui contiendra, comme celui-ci, des Expériences connues & des Tours de nouvelle invention , des Récréations fimples & des Opérations compliquées, des Amufemens frivoles & des Inftruétions importantes. On ofe fe flatter au moins que, dans le Voyage de Jérome Sharp, le public ne verra pas avec indiffé- rence comment cet homme fi fubril fe laiffa tromper comme un ot, dans un genre de tours dans lequel il ne s’étoit jamais exercé.

Au refte, je préfume que certains critiques , pour donner au public une idée de ce Codicile, ne manqueront pas de citer le chapitre des Calembourgs , en donnant à entendre que l’Auteur donne des rapfodies comme des chef-d’œuvres de littérature; c’eft par un moyen femblable , qu'après la feconde édition du Teflament, on publia une courte notice , dans laquelle, pour donner un échantillon du ftyle poëtique de l’Auteur , on cita le plus mauvais couplet du dernier chapitre, fans avertir que ce feul couplet étoit intitulé : Profe rimée. Eft-ce ainfi qu’on doit s’acquitter des fonétions de rapporteur dans un procès dont le public eft le juge? |

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The JOHN J. and HANNA M. McMANUS

and MORRIS N. and CHESLEY V. YOUNG Gclieetica Gift—Oct, 12, 1955

TABLE DES MATIÈRES.

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AVERTISSEMENT. Page ix

CHAPITRE PREMIER. Jérome Sharp ruiné par

fon Procureur, & trompé par fès Concitoyens s forme le projet d'aller à Paris & à Londres, dans l’efpoir d'y lier amitié avec des perfonnes plus dignes de fon eftime. I! foutient contre fon Oncle. l'utilité des Voyages, & commence le fien à pied, en s’avifant d'un petit firatagème pour s’attirer le refpeët des perfonnes qu’il rencontre fur fon chemin , ce qui ne l'empêche pas de faire connoiffance avec un Aventurier qui lui apprend pour douze livres le moyen de faire du Vin de

- Champagne avec de l'eau de révière. £

CHAPITRE II. Après avoir rencontré M. Bo- niface , Marchand ruiné de Mar[èille , Jérome Sharp.reçoit l’hofpitalité avec fon nouveau Com- pagnon de voyage chez un Bourgeois de campa= gne, auquel on donne une explication palpable

du coucher héliaque des Étoiles, des Éclipfes de foleil & des Phafès de la lune. Le Villageois fait une critique judicieufe d’une Chanfdn paftorale. On lui apprend un Tour de combinaifon, & il réfute folidement la compal}ion de l’ Auteur pour des Oifeaux pris à la pipée. Jérome Sharp eft ? 8 ii]

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enfüuite introduit chez un Seigneur de village pour la conftruëtion d'un Paratonnerre; & après “avoir donné une légère idée de l'Éleftricité, il dévoile l’art de rendre inflammable l'Air atmof- phérique. 29 CHariTRE III. Courte deftription de Lyon. . Tandis que Jérome Sharp s'amufe dans un Café à propofèr des Charades & à deviner des Quef- tions auffi oifeufes que [ubtiles, deux Juifs pro- jettent contre lui un Tour perfide. Il confole une Femme défolée par un Phénomène effrayant, & après avoir démontré quelques erreurs de Pl- taire & du SpeËateur, il foutient fa propre caufe en faifunt l'éloge des Auteurs fubalternes, & finit par l'explication d'une jolie Récréation chimique. 74

CHArITRE IV. Z1 fuite de vains efforts pour donner de l'Efprit à une Financière qui lui ap- prend ce que c'eft que de L'EAU BÉNITE DE Cour, & après avoir enfeigné des Mots qui s'écrivent de cing à douze manières diffé- rentes, quoiqu’ils foient toujours les mêmes pour l'oreille , il expoft le danger de jouer au Domino dans les Cafës, & dévoile l’art de faire parade de Science fans en avoir. Un Lyonnois lui fait manger du Poiffèn d'Avril au mois d'Ofobre. Converfation avec un Peintre Matérialifte, dont le fyfième fur la Formation des InfeËes n'étoie fondé que fur un tour de paffe-paffe. 120

CHAPITRE V. Jérome Sharp & fon Compagnon de voyage, logent à Auxerre, dans un petit Cabaret borgne, avec une troupe de Saltimban-

DES MATIÈRES. Vi]

ques. Définition du mot BANQUISTE. Dialogue avec un Direleur de Spelacle, qui égorgeoit fes Aëeurs quand ils ne jouvienr pas bien leur Tle. Avis au Public fur les Marchands am- bulans, & fur certains Voyageurs foi-difant dévalifés. Confeil aux Curés de campagne fur des Marchands d'encens. Leçon aux bonnes gens qui ont des parens dans des pays lointains. No: tice fur les Mendians connus fous le nom de FRANCS-BOURGEO1S. Tour d’eftroquerie joué à un Aubergifte. Moyen de vendre trois louis un vieux pot-de-chambre de faïence. Ré- création hydraulique. "1 0 CHAPITRE VI. Converfation avec des Militaires Philofophes dans le Coche d'Auxerre. Expérien- ces Phyfiques fur la Réfraëion de la Lumière, & fur le Mouvement compofé. Joli Problème d'ArchiteËure. Tour d'efcroquerie joué à M. Boniface, à Fontainebleau , par deux Chevaliers d'indufirie, fur une Récréation mathématique. Rencontre au village d'Effonne, de quelques Goguenards de Paris, qui myftifioient deux Marchands de Vin; le Myflificateur eft myftifié à fon tour. Jérome Sharp fait des Paris à coup fr; il enfèigne l'art d'attraper fans courir, & aprés avoir prouvé que les plus infiruits ne font Pas Ceux qui poflèdent les plus grandes biblio- thèques, il jette un Coup-d’œil rapide fur les di- vers genres de Charlatanifine dont il n’a pas encore parlé. 193

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Nora. Ayanteu foin d'unférer dans chaque Chapitre quelques idées neuves qui puilfent réveiller l'attention des gens infiruits, & récla- mer leur indulgence pour des articles. moins importans, nous ofons nous flatter de publier ici une demi-douyaine de bonnes Vérités qui n'ont jamais été imprimées ; mais fi, contre nos conjeclures, les Perfonnes qui ont beau- coup lu & beaucoup réfléchi ,POUVOLERE pATEOU- rir cet Ouvrage entier fans rien apprendre , nous nous contenterions alors de le defliner à des Leëleurs d’une claffe inférieure , en prenant pour devife: |

Indoûti difcant & ament meminiffe periti.

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AVERTISSEMENT.

Tour le monde convient que les meilleurs Livres font ceux qui inftruifent en amufant, & qui ne préfentent d’utiles lecons que fous la forme du plaïfir;

Omne tulit pun£fum qui mifcuit utile dulci. HoR AT. de Arte Poeticä.

mais il ny a peut-être pas d'ouvrage qui puiffe mieux atteindre ce double but, que le récit fimple & naïf d’un voyage par terre & par mer, lorfque l’Auteur, initié dans la connoiïflance des hommes & dans les fecrets des fciences & des beaux-arts, rapporte tout ce qu’il peut avoir obfervé d’intéreffant fans ufer de ces exagérations qu’on reproche fi juftement à ceux gui viennent de loin (1).

(1) Je cite beaucoup de Livres de voyages, dit M. Ber- gardin de Saint-Pierre ( Études de la Nature, tom. IV, ) parce que ce font ceux que j'aime & que j’eftime le plus de toute la littérature. J’ai beaucoup voyagé, continue-t-il, & je peux affurer Que je les ai trouvés prefque toujours d'accord fur les mœurs de chaque pays, quand ils n’y portent pas l’efs

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X AVERTISSEMENT.

Les faits merveilléux & les aventures romarefques peuvent intéreffer pour un inf- tant le vulgaire , & produire l’étonnement dans l’efprit d’un Lecteur qui a la bonté de les croire; mais de quel ufage ces évènemens controuvés peuvent-ils être dans la vie or- dinaire, puifqu’il ne s’en préfente jamais de pareils? Les faits réels, mais peu connus, ne font-ils pas plus inftrutifs, & la Nature n'eft-elle pas affez belle pour que le tableau fidelle de ce qu’elle offre de plus intéreffant puiflé nous plaire? Il eft vrai qu’elle nous fait voir fouvent des volcans & des précipi- ces à côté des plus beaux payfages; mais le Peintre, lors même qu’il ne repréfente que des tempêtes ou des roches arides & efcar- pées, a, felon moi, mieux choifi fon fujet que Cah qui le puife dans la fable ou dans fon imagination. |

prit de leur Nation ou de leur parti, à l'exception d’un petit nombre dont le ton romancier frappe d’abord ; cout le monde les décrie, & tout le monde les confulte; c’eft chez eux que puifent fans ceffe les Géographes, les Phyfciens, les Natu- raliftes , les Navigateurs, les Écrivains politiques , les Phi Li nbes les Compilateurs en tout genre, les Hiftoriens des Nations étrangères, & même ceux de notre pays quand ils veulent connoître la vérité,

AVERTISSEMENT. x}

Pénétrés de ce fentiment, nous ne’ prétendôns raconter ici que ce que nous avons vu, Ou ce que nous avons cru voir, & fi nous cherchons à amufer nos Lecteurs, ce ne fera que par la vérité & par la variété de nos tableaux. | |

Dans notre narration, nous fuivrons à peu près l’ordre chronologique; mais ce ne” fera pas pour faire un chapitre particulier des obfervations de chaque jour ou de cha- que femaine, parce que nous avons quel- quefois voyagé pendant huit jours fans rien obferver qui puiffe intérefler les leéteurs. Nous ferons donc quelques fuppreflions POUr rapprocher les évènemens qui, par ce moyen, paroîtront plus multipliés, & cette féule circonftance pourra quelquefois leur donner un air d’invraifemblance, quoiqu’ils ne foient pas moins vrais.

Quelque naïve que foit la peinture que nous offrons au public, nous nous garderons bien de croire qu’elle puiffe être du goût de tout le monde, parce que nous avons notre manière de peindre, & tout le monde n’aime pas la manière noire.

,

Ki] AVERTISSEMENT

Quoique nous ayons été aéteurs ou fpec: tateurs dans toutes les petites fcènes qué nous rapportons, il ne faut pas croire qu’il puifle en arriver autant à chaque Voyageurs parce que le hafard feul procure des aven- tures, & bien des gens ne favent pas profiter des hafards; il arrive fouvent qu’un homme timide ou infouciant ne peut rien voir, l’homme cürieux & entréprenant trouvé parfaitement de quoi fe fatisfaire.

Au refte, Jérome Sharp peut fe flatter de connoître un peu le monde, parce qu'il a fréquenté fucceffivement des Médecins & des Procureurs, des Militaires & des gens d'Églife, des Magiftrats & des Artiftes, de riches Réntiers & de pauvres Villageois; les rigueurs de la fortune l’ont quelquefois obligé de fe retirer fous un humble toit à côté des Saltimbanques & des Hiftrions, qu'il a fréquentés fans baflefle, & fes talens Vont fait admettre plus d’une fois fous des lambris dorés à la table des grands Seigneurs auxquels il a fait fa cour fans faire fortune:

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avec fa première audace.

* es AVANT-PROPOS.

P.. de temps après la publication de mon premier volume , le charlatanifme ter- raflé fe releva tout meurtri de bleffures; & croyant que j'avois épuifé toutes mes forces dans le combat, ilofa m'attaquer à fon tour ; je me défendis avec une vigueur qui lPéton- na , & la viétoire fe décida pour la feconde fois en faveur de la bonne cauf&: alors le monftre fit le mort ; mais, comme je favois qu’il n’étoit feulement pas endormi, je me préparai à lui hvrer un troifième combat, & cependant je me contentai de lui donner quelques chiquenaudes. Les coups qu’il re-

_çut en cette occafion furent fi légers, qu'il

s’avifa de me montrer les dents; je lui donne aujourd'hui une quatrième lecon, pour lui prouver combien 1l feroit dangereux pour lui de me mordre, & j'ofe prédire qu’il atten- dra quelques années avant de f montrer

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2 AvVANT-PRopPos.

Je fuis furement bien éloigné de croire que ma victoire doive me procurer une abondante moiffon de lauriers.

À vaincre fans péril, on triomphe fans gloire.

Cependant, j'ai trouvé dans la carrière que j'ai parcourue, beaucoup moins de Jeurs que d'épines; il eft bien vrai que ma prudence m'a fait éviter quelques écueils, mas nonobftant les efforts que j'ai faits pour réunir les fuffrages des connoifieurs, je me trouve obligé de répondre à plufieurs objections.

La première confifte en ce que plufeurs perfonnes ont lu mes trois premiers volu- mes fans y apprendre à faire des tours; Je pourrois leur répondre feulement que j’ai lu moi-même les ouvrages de Vitruve & de dom Bédos, fans que cette leéture, quia duré trois ou quatre jours, ait pu füuffre à fre de moi un architete & un faéteur d'orgues; mais j’ajouterai que l’art du fai- feur de tours n’eft pas moins difficile qu'une fcience quelcohque. La géométrie > Par exemple, dont quelques hommes s’occue

2

AvAnNT-PrRopPros. 3

pent toute leur vie, eft, à certains égards, une fcience plus bornée, puifque tout ce qui n’eft point dimenfon de la matière lui devient étranger ; confidérée fous ce point de vue, c’eft une fcience fimple, par même qu’elle eft abftraite; la jonglerie, au contraire, s'appuye fur tous les au- tres arts, & met à contribution toutes les connoiïffances humaines : ici, c’eft la mécanique & lhorlogerie qui fe cachent pour étonner le fpeétateur ; là, c’eft la peinture, la fculpture & léloquence qui fe réunifflent &c fe montrent au grand jour pour propager une erreur d’hiftoire naturelle ; ailleurs, c’eft la catoptrique & la dioptri- que qui produifent Pillufion ; quelquefois un tour ne conffte que dans un gefte fubtil accompagné d'un bon mot, & d’autres fois c’eft une expérience phyfique revêtue d’un joli menfonge; tantôt on en impofe par un

fimple calcul & une réticence , tantôt on

produit l’enthoufiafme dans les têtes exal-

tées par l'abus de la chimie & de l’aftro-

nomie qu'on leur préfente fous les noms

d'alchimie & d’aftrologie di CE : Un 1]

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4 AvanT-PropPos.

traité complet fur l’art du jongleur feroit donc une efpèce d’encyclopédie, & l’on ne doit pas être étonné qu’un abrégé fur cette matière fuppofe quelqu’inftruétion dans le lecteur, & ne foit pas à la portée de tout le monde.

Quelque compliqué que foit le fujet de mon ouvrage, plufeurs perfonnes vou- droient que jy euffe mis un peu plus d’ordre en y claffant les matières pour pañler du fim- ple au compofé, & du connu à l'inconnu ; mais ceci n'étoit pas fans quelque difficulté & fans plufieurs inconvéniens : je conviens qu'une méthode régulière eft très-lumi- neufe, & en même temps très-facile dans un traité élémentaire fur une fcience qui eft déjà parvenue à fon plus haut dégré de per- fecCtion; mais il n’eft guère poffible d’écrire bien méthodiquement quand on veut appro- fondir un art qui fait tous les jours des pro- grès rapides , parce qu’on eft fouvent obligé de quitter la matière que l’on traite pour re- venir à celle qu’on a déjà traitée , foit qu’on

veuille y ajouter la découverte du jour, foit qu'on prétende corriger les erreursde laveil-

AVANT-PRoOPOSs *%

le. D'une autre part, à quoi ferviroit la mar- che la plus pédantefque & la méthode la plusexacte dans un fiècle l’on commence de lire un ouvrage vers le milieu pour en ter- miner fouvent la lecture par le premfer cha pitre; ne vaut-il pas mieux épargner de l’en- nui au lecteur , & fe conformer à fon goût en lui préfentant une bigarrure de morceaux découfus ;

C’eft à qu’un beau défordre eft un effet de l'art.

Il eft des perfonnes à qui l’effét le plus étonnant paroît indigne de leur attention, lorfqv’elles peuvent ; d’un feul mot , afligner une Caufe quelconque, vraie ou faufle; j'ai Vu, par exemple, un homme qui ne vouloit pas permettre qu'on fit dans une compagnie le tour de la boîte aux chiffres, à caufe, di- foit-il, que ce tour eft généralement connu de tout le monde : Quoi , lui répondit-on , vous favez par quel moyen on peut connoître d'avance l’arrangement des nombres qu’un homme doit faire au hafard ou arbitraire ment, Oui furement, repliqua-t-il: Cest PAR L’ÉLECTRICITÉ.

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6 AvANT-PRoOPOS.

Mes explications , quoique fuccinétes, pourront bien paroître trop étendues à cette claffe de leéteurs ; cependant, je crois que fi j'eufle voulu les abréger davantage, j'aurois été dans le cas de dire:

. . . . Brevis effe laboro, Obfcurus fio.

Ilen eft d’autres à qui un tour expliqué paroît toujours indigne de leur attention; ils admirent tout ce qu’ils ignorent, mais ce qu'ils favent leur paroît toujours fa- cile; &, quand on leur a expliqué un tour, il leur femble qu’ils l'auroient deviné eux - mêmes fi on eût différé lexplica- tion de quelques inftans. De pareils lec- teurs ne font furement pas difpofés à ef- timer mon ouvrage autant qu'il m’a coûté; mais, pour leur prouver que fi quelques uns de mes chapitres ne fuppofent pas dans l’au- teur beaucoup de fagacité, il y en a plu- fieurs autres qui ont exigé bien du travail & de la réflexion; je leur propoferai ici quel- ques petites queftions que je les prierai de réfoudre eux - mêmes; je ne leur demande-

AVANT-PRoPOoSs. 7

rai pas par quel moyen on peut faire tenir un œuf fur fa pointe en lappuyant fur une table de marbre; cette queftion parotït facile & puérile depuis que la folution en a été donnée par le fameux navigateur qui décou- vrit l'Amérique, Je ne leur demanderai pas non plus quel eft le triple du demi-tiers de 7 & demi, & comment il faut par tager un legs à trés légataires, de manière que le premier en ait la moitié, le fecond le tiers, & le troïfièmele quart. Enfin , je ne deman- derai point ce que fignifient les lettres fui- vantes enforme derebus,1,n,n,e,0,p, volsisant, tili, a vi éd © à Cés, trois queftions paroîtroient futiles ,

parce qu'elles renfermentune très-petite dif ficulté ; mais je propoferailes deux problè- mes fuivans, dont je donnerai la tolution dans un autre volume. |

PREMIER PROBLÈME.

On à pofé une fentinelle fur un pont , en lui confignant (fous peine de la corde ) de laïfler pafler tous ceux qui diroient la

vérité, & de jeter tous les autres dans la À 1v

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1 8 Avanr-PrRoPros.

| rivière. Un inftant après, un homme pañfe, | & lui dit: Tu me jetteras dans l’eau; à deflus la fentinelle eft fort embarraflée, car fi elle jette cet homme dans la rivière, elle manquera à fa configne, en jetant un homme qui a dit la vérité; & fi elle le life pañler fans le jeter dans l'eau, elle fait grâce à un homme qui m'a pas dit la vérité, ce qui eft.également contraire à fa configne. Maintenant on demande par quel moyen (ET 1£2 # EN a UN) la fenti- nelle peut éviter la potence fans déferter , & fans demander grâce,

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28

SECOND PROBLÈME.

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Quezqu’un a tracé fur une planche, avec de la craie, viNGT petits traits : On * demande par quel moyen on peut effacer tous ces traits en CINQ coups de torchon, de manière qu’à chaque coup on efface un nombre 1MPAIR. | Je fais bien que quelqu'un dira que c’eft impoffible; mais je fais auffi que, lorfque je donnerai la folution, on fera furpris de ge lavoir pas trouvée.

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Pour mettre mes leéteurs en état d’ap- précier une partie de mon travail & de deviner eux-mêmes les tours dont je n’au- rai pas donné lexplication, je vais met- tre fous leurs yeux la route que j'ai fuivie moi-même pour faire certaines petites dé- couvertes ; je commence par la boîte aux chiffres. |

Lorfque je vis ce tour pour la première fois, je crus d’abord que le faïfeur de tours étant d'intelligence avec celui qui arran- geoit les chiffres, il n’avoit pas beaucoup de peine à en deviner la combinaïfon : ef- pérant de l’embarrañler , je le priai de me permettre de les arranger moi-même en fecret; mais ma précaution ne fervit qu'à lui attirer de nouveaux applaudiflemens , Car il devina, ou parut deviner d'avance la combinaifon que je fis fecrettement; cette circonftance produifit en moi le plus grand étonnement , & piqua ma curiofité jufqu’au point de me caufer des infomnies pendant plus de huit jours : je réfléchiffois continuel- lement à cette expérience , & voici les rai fonnemens que je fis pour la découvrir.

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10 AvVvANT-PrRoPOoSs.

. Puifqu’on connoît l’arrangement des chif- fres quand la boîte eft fermée, & qu’on le découvre fans compère, cette connoïffance doit provenir d’un des cinq fens de nature , parce que, felon Lokes, toutes nos idées viennent des fens; or, cette connoiïffance ne peut pas venir de la vue, puifque la boîte eft couverte d’une pierre; elle ne vient pas de l’odorat, car , en fuppofant que cha- que chiffre eût une odeur différente, ces odeurs fe confondroient en l'air avant d’ar- river au fens de l’odorat, qui en eft un peu éloigné; elle ne vient pas de l’ouïe, car je ne crois pas que les chiffres frappent Po- reille d'aucun fon; il eft évident auffi qu’elle ne vient pas du goût; donc la connoiffance de larrangement des chiffres vient du tact.

Cette conclufion, toute faufle qu’elle étoit, me conduifit à la vérité par un autre rafonnement. |

Il femble d’abord, ajoutai-je, qu’on ne découvre pas les chiffres par le tact, puif- qu'on ne touche pas la boîte ; mais fi chaque morceau de bois portant un chiffre contenoit une petite barre de fer aimanté, & fi la lu-

AvVANT-PROPOS 7:11

nette dont on fe fert pour lorgner la boîte, contenoit elle-même un petit aimant, ne pourroit-on pas, en portant fucceffivement cette lunette vers chaque morceau de bois, fentir une différence d’attraction qui feroit connoître la différente pofition des chiffres; mais, continuai-je, les petits aimans n’ont pas aflez de force pour $'attirer mutuelle- ment à la diftance d’un pouce; & quand cela feroit , il n’eft point d'homme qui ait le taëét affez fin pour diftinguer à la main des diffé rences d’attraétion qui feroient très-peu confidérables : donc ce n’eft pas par le taét qu’on exécute.ce tour merveilleux.

Alors abandonnant l'idée du taét & con- fervant celle de l’aimant, je revins à mon premier argument; & quand je répétai l’é- numération des cinq fens de nature, je vis que le fens de la vue combiné avec l’aimant pouvoit produire l'effet dont je cherchois la caufe: en effèt, continuai-je, un aimant qui feroit en équilibre fur un pivot dans la lu- nette pourroit être mis en mouvement par une attraétion infiniment petite , que je fentirois pas au taét; mais ce mouvement,

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12 AvAnT-PrRopPros.

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| qui eft un eflèt de l'attraction, peut être fenfible aux yeux, &c. {l Cette découverte fuffifoit pour expli- quer comment on peut deviner les chiffres après l’arrangement , mais elle étoit infufti- fante pour faire connoître le moyen de dire cet arrangement avant même qu'il exifte ; alors je fis le raifonnement que voici: Il eft impoflible de prévoir avec certitude un évènement qui dépend du caprice des hom- mes; or, l’arrangement des chiffres dans la boîte dépend abfolument du caprice du fpeétateur; par conféquent, on ne prédit réellement point, mais on .femble feule- ment prédire cet arrangement, or, il eft bien plus facile de faire l'apparence d’une pré- diétion que d'en faire une réelle; 1l n’y 4, pour cet effet, qu’à employer des équivo- ques comme les anciens oracles des payens, Voilà par quel moyen je parvins à faire ce ! tour tel qu’il eft expliqué dans le dernier chapitre de la Magie blanche , premier volu- me ; cette petite découverte eut le fort des découvertes les plus intérefflantes, en ce que je ne parvins, à la vérité, qu'après avoit

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AVANT-PrRopPros. 13

fuivi quelque temps le chemin de l'erreur; c’eft ainfi que les aftronomes ont parlé pen- dant plufieurs fiècles de la courfe du foleil autour du zodiaque, avant de favoir qu’il eft immobile (ou prefque tel) au centre du monde ( 1 ).

Dans la plupart des fciences, une vérité conduit à l’autre par analogie; mais l’art du faifeur de tours a des parties fi difparates qu'il faut avoir dans l’efprit une certaine foupleffe pour fe plier à toutes fortes de {ujets. Par exemple, les tours d'adreffe & les tours de phyfique n’ont aucun rapport

‘à un tour de combinaifon tel que celui qui

confifte à déchiffrer les écritures cachées ——————————_—_.—_—_—_._—_

C1) Mais des vérités d’une pareille importance différent de toutes les autres en ce que l’auteur eft ordinairement en- vironné de gloire & de dangers. Un fameux aftronome re- nouvelle l’ancien fyftème de Micéres , de Syracufe, & nous apprend que la terre pirouète fur fes pôles, tandis que fon centre parcourt une orbite immenfe dont le diamètre eft de 68 millions de lieues. Les hommes accoutumés à vivre dans l’obfcurité ne veulent pas ouvrir les yeux, crainte d’être éblouis par un fi grand trait de lumière, & pour prix de fes travaux, le philofophe eft mis en prifon.

La terre cependant , à Ja règle fidelle, Emporte Galilée & fon juge avec elle. Racine,

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14 AvAnNT-PropPos.

fans en avoir la clef : cet art, qui paroïît fi merveilleux à ceux qui n’en connoïiffent pas les principes , a des règles toutes parti- culières, dont je crois devoir dire un mot ici pour fervir d’introduétion au chapi- tre XXIV.

Lorfque j'étois au collége , j'employai quelques heures de loifir à lire & à médi- ter la polygraphie de abbé Trithème, ce qui me fournit l’occafon d'inventer de nou- velles méthodes: pour écrire en chiffres, & d'apprendre le moyen de déchiffrer en cer- tains cas ces fortes d’écritures ; je me vantai de ma découverte, & les profeffeurs du: collége m’adrefsèrent alors des lettres dont l'écriture m’étoit parfaitement inconnue ; | les uns fe fervirent de caraétères étrufques, d’autres employèrent l'alphabet des T'arta- res & du royaume de Thibet, & d’autres inventèrent des caraëtères auxquels ils don- nèrent une valeur à leur fantailie; je répon- dis à toutes ces lettres, à l'exception d'une, on n’avoit pas obfervé les conditions requifes pour la folution du problème. M. Dunias, profeffeur d’éloquence, voulant

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AvANT-PropPos. 15

rendre l'énigme indifloluble, avoit inféré dans fon écriture certains caraétères dont il falloit faire abftraétion, parce qu’ils n’ex- primoient rien. Par ce moyen, les mots de deux ou trois lettres me Parurent être de trois ou quatre fyllabes, & je ne pus dif- tinguer les caraétères qui avoient une va- leur réelle de ceux qu’on avoit inférés pour me dérouter,

Cependant le bruit courut parmi mes

jeunes condifciples que J'opérois des mer-

veilles. Un d’entr'eux fut inérédule f ur mon compte, & prétendit qu’il m’étoit impof- fble de déchiffrer de pareilles écritures fans En avoir la clef. Je peux, difoit Monfieur Laval , deffiner une bouteille, un arbre, Un Croïffant ou un violon, pour marquer la lettre Z, la lettre Z peut être exprimée Par un crochet, une fleur, une flèche, ou Par toute autre produétion de l’art ou de la nature; en un mot, les 24 fignes que j'employerai, peuvent être Choïfis dans un Champ immenfe, & ils n'auront d'autre valeur que celle qu'il me plaira de leur donner ; il faudroit donc, pour connoître

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16 AvaAnNT-ProPros. |

cette valeur , qu’on pût deviner ma penfée.

deflus il y eut en mon abfence un débat qui fut fuivi d’un pari; M. Laval écrivit fecrettement avec des caraétères de fon choix, un billet dont lui feul connoïfloit le fens; deux jeunes gens vinrent me voir pour me prier de lire ce billet qui étoit écrit de cette manière,

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18 AvaAnT-PrRoProSs.

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AvaAntr-PrRoPros. 19

Je demandai une demi-heure pour y ré- fléchir; bientôt après, M. Laval arriva avec d’autres jeunes gens qui avoient parié pour ou contre, J'ai pris la liberté, me dit M. Laval, de ne pas croire tout ce que la renommée publie de vos talens ; Monfieur, lui dis-je , je fais le contraire à votre égard, car on dit feulement que vous pâliffez fur les livres de métaphyfique, & cependant je vous regarde comme un amateur de la belle poëfie. Comment le favez-vous , me dit M. Laval; n'importé comment je le fais , luiré- pondis-je , mais convenez que vous lifez quelquefois des vers anacréontiques ; M. Laval, qui avoit copié dans fon billet une traduétion de quelques vers d'Anacréon, Comprit bien que j’avois déchiffré fon écri. ture ; il fut très-furpris quand il m'entendit la lire de la manière fuivante :

La nature , pour partage

À tout petit animal,

À donné quelque avantage Pour legarantir du mal ;

Les deux ailes aux oifeaux : Les deux cornes aux taureaux, A la biche la vitefle , &c.

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20 AvANT-PROPOSs.

M. Laval, pour m’embarraffer, ou peut- être pour me faire parler fur les moyens que j’'avois employés pour lire fon écriture & lui faire perdre fon pari, me dit que ce n'é- toit pas à ce qu'il avoit écrit, & que fon billet contenoit.une ftrophe de lode à la fortune , par Jean-Baptifie Roufleau :

Montrez-nous , guerriers magnanimes, Votre vertu dans tout fon jour , &c.

Mais je lui fis obferver que c’étoit im- poffible, 1°, parce que cette ftrophe com- mence par un mot de fept lettres, & que le premier mot de fon billet m’étoit com- pofé que de deux caractères; 2°, parce que, dans la ftrophe de Roufleau, le troifième & le quatrième mots commencent par des lettres différentes, tandis que les troïfième & quatrième mots commençoient dans fon billet par la même lettre.

En multipliant ainfi ces obfervations, je Jui prouvai que rien ne pouvoit cadrer avec la combinaifon de fes caraétères , excepté les vers que je viens de citer; alors ML. Laval, en avouant le fait, comprit bien que javois une marche certaine pour déchiffrer

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AVANT-PRoPoSs. 27

ces fortes d’écritures par des rufonnemens, des fuppofñtions & des combinaifons.

Voici quelques uns des raifonnemens que je fis pour lire cette écriture :

La lettre de l'alphabet qui, dans ce chiffre , eft exprimée par un oifeau , eft vraifemblablement une voyelle, parce qu’elle eft très-multipliée : d’ailleurs, comme elle eft feule dans un MO, (ligne 4 & ligne 6 ) ce n’eft pas une des voyelles e, 3, 2: donc c’eft unz, uno > QU un y; 0r, ce n’eft ni un y, ni Uno, parce que ces deux voyelles ne fe trouvent jamais ( ou prefque jamais) à Ja fin d’un mot de deux lettres , & cependant celle dont il s’agit eft ainfi placée dans le premier mot au haut de la page : donc c’eft un a; donc le premier mot eft un des fuivans, 4, ta; Ja ; la, & par conféquent la lettre exprimée par un ferpent eft une des fuivantes #,2,/f,1; or : il n’eft pas vraifemblable que ce foit une # , un z, ou une [3 parce qu'alors le dernier mot de la Première page & le der- nier de la cinquième ligne finiroiene PAT am, as «7, ce qui arrive rarement; il paroît donc plus naturel de fuppofer que ces deux mots finiffent Par «l, & dans ce cas , le ferpenc exprime une Z. Le dernier mot de.la cinquième ligne, qui Commence-par & & finit par #1, & qui a fix lettres, ne peut pas être Annibal ou Afdrubal, parce que ces deux mots ont plus de fix lettres ; ce ne Peut pas être non plus le mot amical, quoique celui-ci n'ait que fix lettres Comme celui dont il s’agit, parce que le mot en queftion ayant fes trois dernières lettres qui feules forment un mot au

bas de la page, file mot dont il s’agit étoit amical,

le dernier mot de la page feroit cal, qui ne fignifie rien; il eft donc plus naturel de fuppoñfer que ces deux mots font ma7 &

animal, Par ce moyen je con nois les deux voyelles z

> À, & les trois confonnes l,m,n, La voyelle # (exprimée par la tête de profil) n’eft pas plus

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>> AvAnNT-PrRropPos.

difficile à connoître , parce que c’eft le figne le plus multiplié. Ces fix premières lettres conduifent facilement à la connoif- fance des autres dans les mers les connues font combi- nées avec des incontiues; par exemple, le mot de cinq let- tres qui finit la quatrième ligne & commence la cinquième s eft bien facile à lire; car , puifqu’on y voit la lettre i (expri- mée par un verre à patte ) précédée & fuivie d’une même confonne , il eft évident que cette confonne ne peut être une des fuivantes 2, c, 4, f, gs &c., parce qu’alors le mot fini- roit par bib,cic, did, fif, gig, &C.,Ce qui n'arrive point en françois ; donc cette confonne ne peut être qu’une » ou un ,c’eft-à-dire, que le mot finit par »ig ou par ri; mais le mot ne peut pas finir par ris comme bénin, parce que je n’y vois pas la lettre # que je connois déjà; donc il finit par sit ; & comme ces crois lettres font précédées d’un « que je connois , comme d’ailleurs le mot eft de cinq lettres, il s’en fuit de que c’eft le mot perir.

Je ne crois pas devoir m’étendre davan- tage fur ces raifonnemens, qui pourrolent être infuffifans pour certains leéteurs, fuper- flus pour d’autres, & faftidieux pour tous; j'avertis feulement que l’art de déchiffrer eft infiniment plus difficile quand le chiffre eft à double clef, c’eft-à-dire, lorfqw’on y a inféré des caraétères inutiles auxquels il ne faut pas faire attention dans la leéture, ou quand on a*changé d’alphabet à chaque mot pour que chaque lettre ft exprimée fuc- ceflivement par différens lignes, &c. Voyez

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AvAnNT-Proros. 22

fur cette matière un ouvrage de M. s'Gra- vefende.

Ceux qui voudront apprendre à chaer fans maître, par le monochorde, d'apres le principe expliqué chanitre XXIII, ne fe ront peut-être pas fâchés que je leur an- prenne ici comment je furmontai vnobfe tacle qui m’arrêta long-temps, lorfqu’ayant appris à folfer du plain - chant, je voulus commencer de chanter avec melüure : ce fut en vain que je fis d’abord ufage du pendule; je n’y trouvai pasla précifion dont Je croyois avoir befoin ; car, difois-je, le sendule peut

bien marquer les divers temps d’une me- fure, mais il ne peut pas fervir à divifèr

ce même temps en parties aliquotes très- petites, telles qu’un quart de foupir, ou une triple croche, qui doivent durer pré- cifément la feizième partie d’une blanche ; & quand même, ajoutai- je , je ferois un pendule affez court: pour exprimer, par la vitefle de fes Vibrations, la brièveré d’une triple croche , mes yeux pourroient-ils fui vre la rapidité de ce mouvement y © MA Voix pourroit-elle former un fon qui frappât l’o- B iv

24 AvaAnr-Propros.

reille avec précifion pendant un inftant auffi | court? Cette réflexion m’arrêta long-temps; | cependant à force de m'occuper de cet ob- jet, Je m'aperçus enfin que, pour former un air, il n’eft pas néceflaire qu'on puifle remarquer en particulier la durée précife de chaque triple croche , mais qu'il fuffit d'en folfier plufeurs avec aflez de rapidité, pour que huit enfemble n’ayent que la durée d'une noire. Après avoir furmonté cette première difficulté, je n’en trouvai aucune autre que je ne pufle vaincre à force de temps & de patience : Labor improbus om- mia vincit, Je parvins même à chanter paf- fablement lesariettes les plus difficiles, quoi- que je ne les euflè jamais entendues, & ce fut enfuite en allant de temps en temps à lacomédie italienne ou à l'opéra que je nv’af- furai d’avoir réuffi.

Au refte, je fais que les praticiens en mufique n’adoptent pas le moyen que je propofe pour épargner aux commencans la peine qu'ils ont ordinairement de chanter avec plufeurs dièzes ou bémols à la clef: fur ce point, je me contenterai de citer pour

AVANT-PRoPOSs. 25

ma défenfe ce que j'ai lu dans lEncyclo- pédie, première édition ,au mot zote. » Les » mulficiens Ont beaucoup de mépris pour x la méthode des tranfpofitions; ce mépris » n’a nul fondement, & c’eft leur méthode » qu'il faut méprifer, puifqu’elle eft dif- » Cile en pure perte, & que les tranfpo- » fitions dont l’avantage eft évident , font, » fans qu’ils s'en apercoivent, la véritable » règle que fuivent les grands mufciens & » habiles compofiteurs ».

Si j'ai fait un chapitre furles calembourgs, c'eft feulement pour fuivre le courant &

me conformer à la mode; je fais que cet

article ne fera pas du goût des leéteurs qui penfent folidement, c’eft pourquoi je crois devoir les avertir ici

De tourner fept feuillets pour en trouver le fin. |

Cependant qu'ils me permettent d’ob- ferver que mon ouvrage eft comme un ma- gain de joujoux d’enfant , dans lequel un objet utile ne fe rencontre que par ha- fard; fous ce point de vue, j'ai eu le droit

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26 ÂAvAnwr-PrRoProSs.

d'y introduire un pantin & un bilboquet (r).

Je confidère mes lecteurs comme une com- pagnie de voyageurs que je conduis au loin pour les inftruire en les amufant ; ils n’ont pas tous le même dégré de force, & les plus vigoureux font quelquefois obligés de rallentir leur marche pour ne pas quitter la compagnie, Je m’arrête fouvent en chemin

pour jouer aux noix ou pour entendre le!

fon d’une mufette, quoique je fache que

(1) Cependant je n’ai pas jugé à propos de faire un cha- pitre fur les Rébus, & voici ma raifon.

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AVANT-PRoPos. 27

tout le monde n’aime pas les jeux enfan< üns, & que la mufique champêtre ne charme ‘pas toutes les oreilles, mais le mal n'eft pas grand, fi par ce moyen je me con- forme aux défirs du grand nombre, & fi les inftans de repos que prennent més compa- gnons de voyage contribuent à leur pro- curer de nouvelles forces pour aller plus loin.

Il y a quelques chapitres de mon ouvrage qui paroïflent propres à faire des efcamo- teurs, mais On peut faire des tours fans être Charlatan; ce font des jeux innocens qui peuvent plaire à l’un fans nuire à l’autre;

le mal ne confifte que dans l'abus (1).

———

(1) Le fieur Noël , demeurant für le Boulevard, près le café Turc, eft un de ceux qui n’ont jamais abufé de leur pénétration pour faire du mal ; c’eft le parfait honnête homme dont parle Cicéron, qui, ayant l’anneau de Gygès, ne s’en ferviroit jamais pour tromper fes femblables ; il eft fi accou- tumé à dire la vérité, que, lors même qu’il parle par ironie, il craint de proférer un menfonge, & fe dément lui-même par un fourire; il eft bien vrai qu'avec tant de délicatefe , il ne doit pas efbérer de faire une très-grande fortune , mais ik €ft bien dédommagé par l’eftime des honnêtes gens , lorfqu’il leur montreces machines ingénieufes dont il eft l'inventeur,

& qu’il conftruit lui-même avec autant de fagacité que de précifion.

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28 AVANT-PRoOPrOSs.

Mais onregardera peut-être mon ouvr age! | comme dangereux , parce qu’on peut y pui- | fer des connoïffances dont on pourroit abu-| fer. Dans ce cas, il faut blâmer les natu-! raliftes Forfter & Linné, pour nous avoir!

fait connoître dans leurs ouvrages de botani-!

que , des plantes venimeufes qui peuventi devenir funeftes entre les mains d’un empoi-\

fonneur ; il faut auf profcrire l'or, parce!

que cp de perfonnes font mauvais ufage des richefes. Soyons plus juftes, & ne! concluons pas de l'abus à linutilité , con-!

venons que, pour remédier à certains maux, | il faut les dénoncer au public, & que le fe-| cret le plus dangereux cefle de l'être &| change de nature par la publicité; par exem- ple, mon Chapitre XXV fur la Palingénéfe | ne paroîtra furement pas inutile à ceux qui ont lu depuis peu, dans le courrier de l’Eu- | rope, Phiftoire d’un jongleur qui en a imposé | à plufieurs fociétés, en leur faifant accroire qu’il avoit le pouvoir de faire revenir les | morts lorfqu’il ñefaifoit autre chofe quel ex- | périence des miroirs concaves, revêtue de b quelques accefloires impofans.

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AVANT-PRoOPOS. 29

gel Mes Récréations Aftronomiques ne font ui-t furement pas plus dangereufes, puifqu’elles ut ne peuvent produire d’autre effet que d’inf- * pirer à quelques uns de mes leéteurs un

a | peu de goût pour une fcience fublime qui ni nous empêche de craindre la queue d'une nt Comète, & qui enrichit la Nation en con- ji-+ tribuant aux progrès du commerce mari- cet time.

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w! AVIS INTÉRESSANT. | Pour annoncer dansunalmanach qu’une + éclipfe de lune feroit vifible tel jour 4 c2g &t heures cinquante minutes , on avoit imprimé nt fix heures vingt minutes Un marin £ trou- “e* Vanten pleine mer dans un climat les dé- grés de longitude valent environ vingtlieues chacun , obferva cette éclipfe dans le temps gt fa pendule marquoit $ heures 20 minutes

» pour le lieu il étoit; faifant alors atten-

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At tion qu'une éclipfe de lune diffère de celle CA du foleil en ce que la première commence © auméêmeinftant pour tous les pays oùelle

elt vilible, & comparant enfüite l'heure de

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ANDRE

30 AvVANT-PRoPos.:

fa pendule avec l'heure annoncée dans l’al-\ manaCh pour Paris , il crut voir que le lieul il étoit fe trouvoit à l'occident du méri: dien de Paris de l’efpace d'environ une heure! ou de 15 dégrés, & de il conclut qu'il étoit éloigné du méridien de Paris d’en- viron 300 lieues, & qu'il étoit à 2004 lieues des côtes de France. Cependant! comme 1l y avoit dans l’almanach une erreur! de demi-heure , le navigateur fe trompa de! 150 lieues; & quelques jours après , tandis! qu’il cingloit à pleines voiles vers le levant, f croyant fort éloigné de la terre, fon vaif-! feau fe brifa fur la côte de Bretagne :! vingt-cinq hommes y perdirent la vie , & ce fut une FAUTE D’IMPRESSION Qui OCCa-! fionna le naufrage. On me dira peut-être,k que le marin eut tort de lire dans un alma-! nach , au lieu de confulter les éphémérides! de M. de la Lande , mais je répondrai qu'il eut encore plus de tort de ne pas confulter! lERRAT A, il auroit trouvé un certain | nombre de Fautes à corriger. |

RE ER TT De

C'ODTCFLE JÉROME SHARP,

Profefeur de Phyfique amufente.

N.B. Le Teftateur a écrit, de fa propre main, un grand Préambule , dans lequel il expofe longuement à fes héritiers & Jégataires les 23 raifons qui l’ont obligé de faire un Codicile Pour y difpofer de tous lesbiens dont il afait l’acquifition depuis Ja publication de fon Teftament ; mais nous jugeons à propos de fupprimer ces préliminaires, parce qu’ils font purement de forme, & qu’il vaut mieux aller direétement AU FAIT.

SRE D CHaPpitrRe PREMmIzR Moyen de faire favoir [a Penfée fans envoyer aucun Emiffaire à quelqu'un qui eff afez éloigné de nous, pour qu'il ne puiffe ni nous "#oir, ni nous entendre ; expédient qu’on a employé quelquefois pour effrayer les Ha-

uans de La C ampagne pendant la nuit.

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| OUT le monde fait que deux amis peuvent Entretenir une Correfpondance fans envoyer

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32 Codicile de Jérome SAarp.

aucun émiffaire, lorfque les lieux qu'ils habi- tent font en vue l’un de l’autre.

Pour cela, il fuffit d’avoir quelques fignaux, auxquels on donne une valeur arbitraire; un fimple flambeau, par exemple, qu’on étein- dra, ou qu’on cachera fucceflivement plus ou moins de fois en une minute, exprimera telle ou telle lettre de l'alphabet. Dans ce cas, il ne faut qu'environ une demi-heure pour mar- quer toutes les lettres qui forment laconique- ment un avis eflentiel , tel que ceux-ci: Fuyex, car votre ennemi vous cherche. Wenez me voir, pour éviter un grand malheur. Le correfpondant, à qui on envoye de pareils avis, doit être atten- tif aux fignaux, à l’heure dont on eft convenu, pour écrire chaque lettre à mefure qu’onla lui indique; il peut fe fervir d’un télefcope, ou d’une lunette à longue vue, pour mieux diftin- guer le fignal,

Il eft même expédient que les feux fervant de fignaux noéturnes, ne foient ainfi aperçus qu’à l’aide de quelque inftrument d'optique; car, fi un troifième les apercevoit, il ne lui feroit pas impofñlible d’en pénétrer le fens en “employant les mêmes combinaifons que pour lire les écritures en chiffres fans en avoir la clef.

Left vrai que, pour dérouter les efprits,

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Codicile de Jérome Sharp. 33

bi- | on peut ici, comme dans les écritures cachées, È placer au milieu ou au commencement des mots,

X; .plufieurs fignes de nulle valeur; mais ce pro- un | cédé deviendroit peut-être un peu long ,nonobf- in | tant quelques moyens d’abréviation qu'il feroit ou ! facile de mettre en ufage. lle ! Mais fi les deux correfpondans habitent des 1

il | lieux qui ne foient pas en vue l’un de l’autre, 1} ar- | ils peuvent , nonobftant cette pofition, fe com- | e- ! muniquer leurs idées par différens moyens. Al Xs Je ne parlerai pas ici de ceux qui attachene 1 | r'j4 des lettres ou des billets au col d’un chien, Fe 1 It, 4 d’un pigeon, ou de quelqu’autre animal que 14 n- | l’inftinét reconduit au lieu d’où on l'a enlevé. 114 u, 4 Je ne parlerai pas non plus du tuyau fou- ne ui | terrain qui peut fervir en certains cas, & dans \] >u À lequel il fuffit de fouffler un peu fort avec um | n- ! foufflet de forge, pour envoyer au loin une

boulette de liége à laquelle eft attaché un petit ,

nt | écrit. Ce moyen eft trop difpendieux, & nous

15 en avons dit un mot dans l'explication particu-

e; | lière du chapitre XXV , fe&tion III dela Magie

ui | blanche.

Mais je crois devoir citer ici les moyens de correfpondance fecrette , employés, il y a quel- que temps, par un jeune-homme que j'appel- lerai Damon, & par. une jeune demoifelle qui étoit enfermée dans un couvent par ordre de

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34 Codicile de Jérome Sharp.

fon tuteur, & à laquelle je donnerai le nom de Thémire. |

‘Les deux amans avoient déjà employé plu-

fieurs fois des perfonnes affidées qui avoient

réufi, fous divers prétextes & fous divers dé- |

guifemens, à faire parvenir des lettres de lun à autre. Mais les furveillans avoient tout dé- couvert, & il n’étoit plus poffible de faire ‘ufage des rufes ordinaires, On a bien raïfon. de dife que l'amour donne de l’efprit aux jeunes

‘pérfonnes. Thémire alloit fouvent fe promener ‘äü fond d'un ‘jardin, fur les bords d’un ruil-

:féaù ‘qui portoit fes eaux en ferpentant dans la plaine, jufqué dans la cour, & fous les fené- “tres d’un maître penfon, père de fon amant.

Ah, dit-elle un jour, en voyant tomber des

feuilles dans le ruifleau, fi je pouvois écrire fur ces feuilles tout ce que l'amour m'infpire , elles

“pourroient peut-être bientôt, en paflant fous ‘les yeux de mon amant, fixer un inftant fes

regards, & le faire fouvenir de moi. Cette idée lui en eut bientôt fuggéré une autre; elle ima- gina d'enfermer une lettre dans une petite boîte légère qu’elle abandonneroit au-courant dés eaux : mais, cette boîte, dit Thémire, pourra pafler fous les fenêtres de Damon :fans être

apercue ; eh bién, j'en enverrai plufieuts ; peut- être, fur le grand nombre, il s’en trouvera un

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Codicile de Jérome Sarp. 3$

qui parviendra à fon adreffé: celles qui tombe- ront en des mains étrangères pourront point me faire connoître, parce que je me fervirai d’une écriture que Damon Connoît, & que le vulgaire ignore ; je ne fignerai pas mon nom , mais Damon me devinera bien, parce que je répétérai dans ma lettre le doux ferment que lui feul a reçu, & qu'il n’a reçu que de moi.

Êlle avoit déjà jeté dans le tuifleau plu- fieurs boîtes avec des lettres écrites en mufique (comme le frontifpice du Teftiment de Jérome Sharp), mais’elle croyoit encore que Damon n'en aVoit recu aucune,

Il n’eft pas étonnant, dit-elle, que Damon n'ait point vu ces boîtes, ou que les ayant vues, il ait négligé de les ramafler ; il ignore qu'elles Contiennent une nouvelle intéreffante,

Alors elle imagina de jeter encore d’autres boîtes dans le ruiffeau, mais d’y ajouter & de coller par-deffus une petite découpure de carton Pour attirer les regards, fig. z.

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36 Codicile de Jérome Sharp.

Damon , difoit-elle, m'a vu fouvent découper & definer de pareilles figures ; &, s’il voit fur- nager celle-ci, il ne pourra guère s'empêcher | de penfer qu’elle vient de moi.

Cette figure fe tenoit toujours fur la boîte en fuivant le courant de l’eau, parce que la boîte avoit au fond trois ou quatre onces de fer, qui, lui fervant de left, l'empêchoient de fe renverfer.

Thémire croyoit que toutes fes lettres étoient perdues, lorfqu’une religieufe lui apporta la réponfe. Quoi, me dira-t-on, une religieufe aura porté la réponfe à’ une lettre d'amour qu’elle auroit défapprouver ? oui, ce fut elle-même qui s’acquitta de cette commiflon, mais il faut tout dire, elle le fit fans le favoir. ù

Ayant trouvé dans le jardin un papier de mufique, elle fuppofa naturellement qu’il pou- voit appartenir à Thémire, qui pafloit pour bonne muficienne. Thémire, en le recevant, connut bientôt qu’il n’y avoit qu’à plier le pa- pier pour le lire (voyez le dernier feuillet du Teflament de Jérome Sharp), mais elle ne put comprendre comment ce papier s’étoit trouvé dans un jardin inacceflible pour Damon & pour toutes les perfonnes de fon fexe. Ce jardin, difoit-elle, eft entouré de‘hauts édifices, aucun étranger n’eft admis, & le bras le plus |

Codicile de Jérome Sharp. 37

vigoureux ne pourroit fuflire à jeter une pierre par - deflus avec une fronde.

Auffi ce n’étoit pas d’une fronde, mais d’un cerf-volant que Damon s’étoit fervi, pour faire parvenir fa réponfe. S'étant placé du côté du vent , il avoit élevé fon cerf-volant plus haut que les maifons & les clochers. La ficelle de l'infirument étoit accompagnée d’un fil double qui tenoit une lettre fufpendue au cerf-volant par une petite poulie ; ffg. 2.

Ce fil étant fimple, & par conféquent un peu plus foible au point I près de Ja poulie, fe caffa dans cet endroit quand on le tira par l’extré- mité oppofée. Alors la lettre détachée du cerf= volant , tomba direétement dans le jardin, parce qu'on y avoit attaché une petite pierre qui l'empêcha d’être emportée par le vent.

Ce n’eft point ici une hiftoriette faite à plaifir. On pourroit en conter de plus merveilleufes,

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38 Coditile de. Jérome Sharp.

mais elles feroient peut-être moins vraies que celle-ci. J'ai connu moi-même les pérfonnes, & j'ai vu le lieu de la fcène ; je peux même affurer que les lieux étoient difpofés de manière que les deux amans auroient pu correfpondre d’une manière plus sûre & plus abrégée. Les deux lieux qu’ils habitoient étoient , à la véri- té, féparés par une montagne ; mais il y avoit au midi une colline, au haut de laquelle étoit une chapelle que Damon & Thémire pouvoïient apercevoir de leur chambre; la montagne & la colline étoient à peine éloignées d’un mille, & fi, dans la chambre 4, qui étoit éclairée par le foleil à midi, fig. 3,

Damon eût eu une grande glace pour réfléchir les rayons du foleil fur la chapelle dont le mur B étoit à l'ombre, parce qu'il étoit tourné vers le nord, ce mur auroit paru éclairé dans le même inftant; on auroit donc pu, en fermant la fenêtre , ou en tirant le rideau fur le miroir, faire difparoître cette lumière plus ou moins de fois par minute, pour marquer chaque let-

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Codicile de Jérome. Sharp. 39

tre de l'alphabet, comme dans les fignaux noc- turnes. Cette lumière s’éclipfant & reparoiffant à chaque inftant, auroit pu être remarquée de la maifon ©, étoit Thémire ; cette autre mai- fon étoit d’ailleurs affez près de la chapelle pour qu'on pût faire réponfe fur le même mur, en fe fervant d’une autre grande glace. x Nous ne terminerons pas ce chapitre, fans obferver que le cerf-volant a fervi plus d’une fois à effrayer pendant la nuit les habitans d’un village. Une lanterne fourde attachée au cerf: volant, comme la lettre dont nous avons parlé, s'ouvre & fe ferme à l’aide d’un fil. Par ce moyen, on fait paroître en l’air une lumière qui difpa- roît au commandement d’une perfonne , pourvu que le fil foit entre les mains d’un compère , &c.

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40 Codicile de Jérome Sharp. CS 2

CHAPITRE IL

Enfoncer un Couteau dans la tête d'un Cog ou d'une Poule, [ans les tuer.

Ur charlatan, pour prouver l'efficacité de ! fon élixir , fe flattoit modeftement de pouvoir ! reflufciter un mort. Voïià un animal, difoit-il, ! en montrant un coq, qui fera bientôt rayé du ! nombre des vivans; je vais lui couper la tête, & vous lui verrez la cervelle; cela ne l’em- pêchera pas de chanter cette nuit dans fon pou- lailler, & de fe promener demain au milieu de | fa cour comme un grand perfonnage,

Qui, fait pour les plaifirs , & l'amour , & la gloire, Aime , combat , triomphe, & chante fa viétoire,

Un inftant après, il lui planta un couteau | dans la tête, & le préfenta à la compagnie ! fufpendu comme dans la fig. 4.

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Dans le commencement, on vit l’animal fe débattre en remuant fes ailes & fes pieds ; mais, un inftant après, il parut fans mouvement, fes yeux fe fermèrent, & on le crut mort. Le charlatan ayant Ôté le couteau, le coq tomba fur la table, & refta comme une mafle inani- mée. On remplit d’élixir, ou peut-être d’eau de rivière, une petite feringue, & on en fit deux ou trois injections dans la cervelle de l’a- nimal ; aufli-tôt il parut fe ranimer peu à peu; bientôt après il fe leva fur fes pieds, hauffa le col, battit des ailes, & s'enfuit en chantant.

On ne peut pas expliquer ce fait, en difant que la tête du coq étoit cachée fous fon aile, & que le charlatan n’avoit percé de fon couteau qu’une tête poftiche attachée au col de l’animal ; fi le tour fe fût opéré de cette manière, on n’au- roit pas pu voir le bec & les yeux du coq fe re- muer dans l’inftant on lui perça la tête ; la pré- tendue tête poftiche auroit été immobile, & la vraie tête auroit paru quand le coq fut fufpendu au couteau, & furtout lorfque l'animal agita fes ailes pour exprimer fa douleur.

Ce tour s'explique mieux de la manière fui- vante,

La cervelle du coq & de la poule étant pla- cée fur le derrière de la tête du côté du col, il

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42 Codicile de Jérome Sharp.

la tête que l’on peut percer d’un couteau fans tuer l’animal; & fi fa tête a été percée d'avance vers cet endroit, on pourra le fufpendre au couteau fi fouvent qu’on voudra, fans lui faire aucun mal, pourvu que le couteau ne foit pas bien tranchant, & alors l'animal commencera toujours par fe débattre en remuant les ailes & les pieds pour exprimer le défagrément de cette pofition, Quant à fa mort apparente, à fa réfurreétion fubite & à fa fuite précipitée, c'eft, de fa part, un effet de l'éducation & de l'habitude,

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Codicile de Jérome Sharp. 43

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CHAPITRE Rs

Se percer le Bras & le Ventre à coups de cou- eau, [ans fe faire de mal,

M élixir eft fi bon, continua l’opérateur, que je ne crains pas de recevoir moi-même des coups de couteau. Alors il fit des contorfions & des grimaces, comme s'il eût fenti les dou- leurs les plus aiguës, & montra fon bras percé comme dans la fig. 4.

Ce tour eft aufli facile que fimple, puifqu'il confifte feulement à adapter au bras un couteau fait exprès, comme celui de la fig. 6,

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| 44 Codicile de Jérome Sharp.

dont la lame eft divifée en deux parties réunies M enfemble par un reflort en fer à cheval. Quand! fe bras eft placé entre les deux moitiés de la, lame, & que le reflort eft caché fous la man-! chette, il femble que le bras eft percé comme dans la ffg. 4.

Quelqu'un de la compagnie obferva à l’opé- rateur, que, pour fe percer le bras de cette manière , il lui falloit un couteau deftiné à cet ufage, & que la bleflure qu'il fe faifoit dans cette occafion , étoit fi petite, qu'il n’avoit pas! befoin d’élixir pour la guérir ; il répondit qu'il en feroit de même, & peut-être pire avec le! premier couteau qu’on voudroit bien lui pro:! curer. En effet, ayant emprunté celui d’une perfonne de la compagnie, il:s’en donna trois ou quatre coups dans l’eftomac, & bientôt l’on vit le fang rejaillir fur les voifins & ruiffeler! fur les planches, |

Confolez-vous, dit alors l’opérateur , je vais! pañler dans mon cabinet, & me mettre un em» plâtre de poudre anti-hémorragique qui m’aur! bientôt guéri. |

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Se planter des Épingles G des Aiguilles dans 3 les Jambes.

UAND le charlatan fut derrière la toile, quel- qu’un de la compagnie croyant qu’il y avoit dans fon opération un peu de fupercherie , ob- ferva qu’il n’auroit pas pu fe donner de pareils coups fur les jambes ou fur quelqu’autre par- tie du corps , qui n’auroit pas été couverte d’a- vance d’un plaftron de fer, & enveloppée d’un fac de peau un peu applati & rempli d’eau rou- gie avec du bois de Bréfil. Quand on perce le fac, dit-il, l'eau s'écoule, & par fa rougeur elle femble du fang, tandis que le plaftron, qui eft deffous , empêche le couteau d’offenfer l’ef- tomac. Cette explication parut très-vraifem- blable , mais l’efcamoteur, à fon retour fur le théâtre, la détruifit en faifant voir qu'il s’é- toit planté dans la jambe un clou long d’un pouce. Îl pria quelqu'un de larracher, & quand ce fut fait, on vit bien que c’étoit un clou réel qui ne rentroit pas en lui-même, comme le poignard & l’alène, dont nous parlerons dans

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46 Codicile de Jérome Sharp.

la fuite. On vit aufli que l'opérateur n’avoit pas une jambe de bois par la manière dont il remuoit les pieds en battant des entre- chats; d’ailleurs, comme le clou étoit un peu long & la jambe mince, il n’étoit pas. pol. fible de fuppofer que la jambe étoit enveloppée, comme l’eftomac, d’un plaftron & d’un fac de peau.

clut que le charlatan pouvoit fe donner im. punément des coups de couteau, tant fur les jambes que dans l’eftomac ; cependant ce raifon-

De cette opération , toute la compagnie con- |

nement n'étoit pas jufte, car, vers le milieu de | la jambe , entre le tibia & le péroné, eft une |

efpèce de petite fente couverte de l’épiderme, dans laquelle on peut inférer , fans douleur bien fenfible , des épingles, des aiguilles, & même de petits cloux. Je ne fais fi c’eft l’abfence des chairs, des nerfs & des mufcles qui rend cette partie aufli infenfible que Les ongles & les che- veux, mais les anatomiftés peuvent rendre raifon de cette expérience, & je ne leur demande pas ici l’explicätion d’un fait chimérique ; car, j'ai vu plufièurs jeunes gens fe planter ainfi une aiguille dans la jambe, & la fingularité du fait m'a engagé à faire l'expérience fur moi-même, quoique je la regardaffe d’abord comme un peu

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38 opération également amufante. On coupa la

F tête à un dindon, après quoi on la remit à fa

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ñ4 ce qu'il y a de remarquable dans ce tour, c’eft

1 qu'on Coupa réellement une tête vivante, &

t non une tête poftiche; voici par quel moyen: On fait voir un dindon fur une table, & dans

| le même inftant on pofe fa tête fous l’aile

pour la cacher, on fait pañfer par un trou qui

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45 Codicile de Jérome Sharp.

eft au milieu de la table, la tête d’un autre dindon caché dans le tiroir. La tête que l’on montre enfuite aux fpeétateurs, appartient donc au dindon caché, & femble appartenir à celui

qui eft fur la table, & comme cette tête fe

remue en criant, tout le monde s’imagine qu'il eft impoflible de couper cette tête fans tuer le dindon qu’on a fous les yeux, & l’on eft bien étonné de le voir marcher un inftant après, quand la tête du dindon caché eft efcamotée.

CHAPITRE

Codicile de Jérome Sharp. 49

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Couper les Bras à un Homme fans le rendre manchot, & lui crever les Yeux fans le ren- dre aveugle.

Es ME l’efcamoteur finifloit le tour précé- dent, fon domeftique, en habit d’arlequin, vint lui appliquer fur les épaules deux ou trois coups de plats de fabre. Le maître fâché de cette in- fulte , ou feignant de l’être, pourfuivit arlequin avec un couteau de chafle, en le menaçant de lui couper la tête comme à un dindon. Arle- quin fuyoit de toutes fes forces ; mais il fut bien- tôt pris. Voilà les deux champions qui fe pren- nent au coilet, qui fe pouffent & fe repoufient à forces égales; uninftant après , arlequin femble avoir l’avantage, & en tâchant de s'échapper, il entraîne fon maître dans la coulifle; enfuite fon maître le ramène fur le théâtre; arlequin, pour mieux réfifter à celui qui le tiraille ainfi, embrafle une colonne, & fe tient ferme à ce point d'appui. Le maître, qui ne peut lui faire lâcher prife, prend une corde & attache les bras & les jambes d’arlequin à la colonne. Arlequin Pinfulte ; le maître perdant patience, le frappe

de fon couteau de chafle, lui coupe les poings

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& jette fes deux mains à terre; figure 9.

En même temps il lui crève les yeux, en difant: Je te confeille de vendre tes lunettes & de ne pas accepter de lettres-de-change payables à vue, Je peux aufli, répondit arlequin, vendre ma paire de gants, & ne pas m’obliger , envers qui que ce foit , de lui prêter maën- forte ; cependant, continua-t-il, je fuis fâché que vous ayez fait main-bafle en tombant fur moi à bras raccourci, parce que je ne pourrai plus jouer à /a main chau- de ; mais ce qui me confole, c’eft qu’on ne m’ac- cufera pas d’avoir les doigts crochus.

Tu te repentiras, dit le maître, d’avoir été fi infolent.

Je pourrai bien m’en repentir, répond arle- quin, mais, à coup sûr, je ne m'en mordrai pas les doigts : au refte, continua-t-il, vous

Codicile de Jérome Sharp. SI

m'avez rogné les ongles fi près du poignet, que je ne peux plus me gratter. Jete gratterai moi- même , répond le maître, s’il arrive que la main te démange ; mais, quoi que je fafle pour toi, ce ne fera pas pour tes beaux yeux.

Ce dialogue prouvoit fuffifamment qu’arle- quin n’étoit pas bien malade; aufli le maître s’'avança fur le bord du théâtre, en difant : Ne croyez pas, meflieurs, que j'aie voulu rendre manchot un homme qui gagne pour moi de l'argent à pleines mains; mon but étoit feule- ment de vous faire fourire; je penfe qu’il eft inutile de vous dire que je n’ai crevé que des yeux d’émail, enchâflés dans une tête de bois, & qu’en coupant des bras de carton, Je n’ai per- du, tout au plus, que deux mains de papier. Cependant arlequin, qui s’étoit détaché de fa colonne, vint fur le bord du théâtre avec un emplâtre fur les yeux & fes deux bras raccour- cis (c’étoient deux bras poftiches, car les deux autres étoient cachés fous fon habit ); aprèsavoir pouffé un profond foupir, comme un homme qu'on vient de mutiler, il dit: Ne l’écoutez pas, meflieurs, car il voudroit vous faire croire qu’il n'eft pas forcier; Cependant, il eft certain que par le fortilége de fon maître, arlequin, que voilà, fera bientôt guéri,

Et, tout manchot qu’il eft, fi vous venez Zemain : I peut vous faire voir quelqu’autre tour de main.

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2 Codicile de Jérome Sharp.

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L'art de Pantre fans [avoir la Peinture.

Ï L y a quelques années qu’un homme fit dif- tribuer , dans Paris, un avertifflement imprimé, concu en ces termes :

Le fieur Malpigiani, artifte fameux, donne avis au public, que, pour la modique fomme d’un louis, il enfeigne parfaitement le deflin & la peinture, en trois leçons. Il eft fi familier avec les principes de fon art, qu'il peut, enun inftant , defliner fur le fable, du bout de fon pied ou de fon bâton, le portrait d’une per- fonne quelconque, avec toute la promptitude d’un écrivain qui fait un paraphe ; ila montré fon fecret à plus de 1800 perfonnes qui peur vent répondre de fes talens; &, pour bannit toute difficulté, il n’exige fes honoraires que lorfque fes élèves font en état de faire des por- traits d’après nature, & de copier fidellement les tableaux des plus grands maîtres.

L'efpérance de ne payer un louis que lorf- qu'on fauroit un fecretutile & merveilleux , attira chez lui des perfonnes de tout fexe & de tout rang; l’homme fans fortune fe propofoit, en allant chez le fameux artifte, de fe donner,

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Codiaile de Jérome SAarp, . 3

Pour 24 liv., un état honnête & lucratif; le père de famille efpéroit d’être lui-même, un jour , le maître à definer de fes enfans: le jeune Dorimont fe flattoit de pouvoir faire lui-même le portrait de fa maîtrefle, & madame Gertrude n'avoit d'autre but que de deffiner, de fa propre main , le portrait de fon minet & de fon épagneul. Si je fis moi-même une vifite à ce prétendu ar- tifte, ce ne fut furement pas dans l’efpérance de pouvoir copier fidellement les tableaux des plus grands maîtres ; mais j’étois curieux de con- noître la manière dont le charlatan S'y prenoit Pour efcamoter un louis; les réflexions que j'a- Vois faites jufqu’alors fur différens genres de Charlatanifme, me m’avoient furement pas mis en état d'éviter toute forte de pièges, mais je ne fus pas dupe dans cette occafion.

J’eus, avec le profeffeur de peinture, une aflez longue converfation, & je lui fis fubir une efpèce d’interrogatoire, duquel il réfulta que tout fon fecret confiftoit à g'âter une très bonne eftampe, pour faire un fort mauvais tableau; l’adreffe que j'eus de lui arracher un pareil aveu, Loin de l'indifpofer contre moi, me valut, de fa part, un petit compliment, dans lequel il me difoit, fi jai bonne mémoire, que s’i avoit de l'efprit pour 24 livres, je pou- Vois bien en avoir Pour un louis. Comme il

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s4 Codicile de Jérome Sharp.

n’accomplifloit pas bien exaétement la promeffe contenue dans fon avertiflement, plufieurs per- fonnes faifoient difficulté de payer fes honoraïi- res, maisil n’étoit pas exigeant; caril fe conten- toit volontiers de la moitié ou du tiers de la fomme , pourvu qu'avant de prendre les trois leçons, on eût acheté de lui, à un prix raifonna- ble, des crayons, des pinceaux, des pierres à broyer, des palettes & des couleurs.

Son fecret, pour faire un mauvais tableau avec une bonne eftampe, confiftoit, 1°, à met- tretremper l’eftampe pendant vingt-quatre heu- res dans de l’eau froide, ou pendant une heure dans de l’eau chaude ; 2°, à l'appliquer pro- prement fur un verre de Bohème, frotté de térébenthine fine de Venife; 5°, à gratter légèrement le derrière de l’eftampe, pour en!e- | ver peu à peu le papier en laiflant tous les Il traits fur le verre; 4°, à fuivre tous ces traits | avec un pinceau pour donner à chacun fa

couleut naturelle. L'art de faire les portraits, If d’après nature, étoit moins compliqué, car || il confiftoit tout fimplement à tenir une chan- | delle fur une table dans un endroit obfcur, à côté de la perfonne qu’on vouloit defliner; l'ombre du profil, fe portant alors fur une feuille de papier tendue fur la muraille, le fameux artifte n’avoit qu’à parcourir les bords

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Codicile de Jérome Sharp. $5

de cette ombre avec un crayon. Il eft bien vrai qu’on peut faire, par ce moyen, des portraits reflemblans, pourvu que la perfonne qu’on veut defliner, fe trouve à la diftance requife entre la chandelle & la muraille, & furtout fi cette perfonne eft remarquable par le contour de fon front, de fon nez & de fon menton. Mais ce procédé étant groflier & connu de tout le monde, nous n'en avons parlé que parce que nous nous propofons d’enfeigner le moyen de l’embellir.

< 11) RE page >

CHAPITRE VIII

L'art de faire les Portraits à la Silhouette en miniature, à'la manière angloife, à l’aide

de la Chambre obfcure.

La chambre obfcure qu’on employe à cet ufage n’eft autre chofe qu’une boîte de bois ou de carton, d’un côté de laquelle fe trouve un petit trou.

Quand ce trou eft tourné vers des objets for- tement éclairés par la lumière du foleil ou d’un flambeau, ces objets fe peignent avec toutes leurs couleurs , fur le côté oppofé de la boîte,

Si, au lieu de faire un petit trou, on en

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fait un de deux ou trois pouces de diamètre, auquel on adapte une bonne lentille de verre, c’eft-à-dire, un verre convexe des deux côtés, les objets y feront peints plus fortement, quoi- que moins éclairés ; mais , fi on place au milieu de la boîte un miroir 4, B, incliné à l’angle de 45 dégrés, alors les objets extérieurs F,G, iront fe peindre à travers le trou D, non fur le côté oppolfé C, mais fur la partie fupérieure de la boîte; par conféquent, fi vers les points ÆE, I, on fait un trou auquel on adapte un verre de Bohème, les objets fe peindront en miniature fur ce verre, & feront plus ou moins grands, felon que le tuyau à couliffe, qui porte la lentille D, s’éloignera plus ou moins du mi- roir 4, B; on n’aura donc qu’à appliquer fur ce verre un papier huilé, mince & tranfparent,

pour pouvoir fuivre facilement tous les traits & les deflier.

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Les portraits à la Silhouette qu’on fait grands comme nature, d’après le procédé cité dans le chapitre précédent, peuvent donc fe réduire à un très-petit efpace fur le verre £, I, quand

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Codicile de Jérome Sharp. 7

on les pofe aux points F, G ; mais fi, au lieu de pofer vers cet endroit le portrait à la Sil- houette en grand, on y place l’original, on aura le plaïifir de voir fur le verre & d’y defliner des traits & des parties qui ne font pas expri- més dans le portrait à la Silhouette ordinaire; favoir, les yeux, les oreilles & les boucles de cheveux,

Pour acquérir quelque goût dans cette par- tie, je confeille aux amateurs de s'exercer, pendant huit jours, à defliner la figure du roi, d’après un écu de fix livres, ou d’après un louis. Il faut commencer par deffiner l'œil & les au- tres parties, en les marquant très-peu, pour qu'on puifle, au befoin, changer tous les con- tours à volonté, fans que les premiers traits paroïflent ; il eft effentiel de ne pas fe hâter, parce qu'il s’agit ici d’un ouvrage qu’on verra avec plaïfir, s’il eft bien fait, fans avoir aucun égard au temps employé à le faire.

Il eft des amateurs qui deffinent paflablement fans avoir appris le deffin, & fans avoir d'autre moyen que beaucoup de patience, avec une chambre obfcure, telle que nous venons de la décrire, & un chaflis dont nous allons parler dans le chapitre füivant.

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Moyen fimple de deffiner un Payfage d'après nature, dans toutes fes proportions, fans

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À z un chaflis carré, d'environ deux pieds de haut, fur autant de large; que les quatre côtés foient percés d’une vingtaine de trous pla- cés à une égale diftance. Faites paffer des foyes dans tous ces trous, pour qu’elles fe croifeñt en formant de petits carrés, comme dans la figure ze.

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Pofez, à une petite diftance du chaïlis, un car-

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trou 4, & regardez le payfage que vous vou- lez defliner, à travers ce petit trou & le chaf- fis. Tracez fur le papier fur lequel vous voulez defliner , le même nombre de carrés qu’il y a dans votre chaflis; que les carrés du chaflis &

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Codicile de Jérome Sharp. s9

du papier foient numérotés de manière que les carrés correfpondans ayent le même numéro. Faites bien attention dans quel carré du chaffis & dans quelle partie du carré vous voyez cha- que partie du payfage, & deflinez-la fur votre papier dans le carré correfpondant.

Si, dans un feul carré, vous voyez une por- tion du payfage qui demande quelque détail, & dont Le deffin vous embarraffe, appliquez fur ce carré un petit carré de même grandeur, fait avec du fil d’archal & divifé en plufieurs au- tres petits carrés, avec des foyes qui fe croi- fent : voyez le petit carré B, fig. 22. Divifez le carré correfpondant de votre papier en un égal nombre de parties, & deflinez däns chacune, ce que vous voyez dans les parties correfpon- dantes du petit carré de fil d’archal.

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CHAPITRE X.

Moyen de réduire en petit un Portrait en grand,

G réciproquement, [ans employer le Panto- graphe.

O N fait que le pantographe eft compofé de quatre règles 4, B, C, D, mobiles fur les cloux £, F, I, H ; lorfque cet inftrument eft fixé fur une table au point G , & qu’on parcourt les divers traits & contours d’un tableau avec un ftilet mis au point K, le crayon placé au point B, marque fur le papier une efquifle du tableau en petit; mais cet inftrument a l’incon- vénient d’être igexact, quand il n’eft pas par-

Codiile de Jérome Sharp. 61

fait dans fa conftruétion, ou d’être un peu cher, quand il eft en cuivre, accompagné de tous fes accefloires ; d’ailleurs ,ilne peut produire qu'un foible croquis du tableau , & fon ufage étant purement mécanique , il n’eft guère propre qu’à diminuer & corrompre le goût de lartifte, en l’accoutumant à une fimple routine. Je peux me tromper à cet égard , maïs j’aimerois mieux le moyen fuivant, précifément parce qu’il eft plus difficile, c’eft-à-dire, parce qu'il eft plus propre à captiver l'attention, & à exercer Je raifonnement.

Je fuppofe que je veuille deffiner en grand le

portrait de Louis XVI, d’après un écu de fix livres, j'applique für l’écu un petit chañlis divifé en petits carrés, comme dans la fig. 23.

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62 Codicile de Jérome Sharp.

de grands carrés, & dans chacun de ces der- niers, je defline la partie contenue dans le carré correfpondant du petit chaffis; voyez La fig. 24.

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Par exemple, je define l’œil près de la colonne 6, un peu au deffous de la ligne tranfverfale 3, &c. Il eft clair que, par un procédé fembla- ble, on peut réduire en petit un portrait en grand, & que les carrés faits fur le papier, doivent être deflinés de manière qu’on puifle les effacer quand l’ouvrage eft fini,

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Codicile de Jérome Sharp, 63

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CHAPITRE XL

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L’Efcamoteur Peintre, ou l'art de faire Les Portraits im-promptu.

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Ox a vu, fur certains théâtres , des efcamo-

| teurs, qui, fans être peintres ou deffinateurs, & fans employer les moyens dont nous venons

de parler , fe flattoient de defliner en un inftant

le portrait d’une perfonne quelconque (1). Voici

en quoi confiftoit la fupercherie. Ils s’étoient d’abord exercés pendant quelques heures à ef.

quifler des profils, & avoient acquis, par ce moyen, la facilité de tracer, en un inftant , quelques têtes de fantaifie qui ne reffembloient

à perfonne , mais qu’on difoit être les portraits

de tels ou tels perfonnages; les originaux qu’on

| citoit étant inconnus dans le pays, perfonne ne pouvoit trouver dans ces portraits le défaut de

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(1) J'ai même vu, à Rouen, un charlatan qui, avant de commencer cette opération, promettoit au public de faire voir le portrait de trois diables deffinés d’après nature, & qui, lorfqu’on le fommoit de tenir fa parole, ne montroit autre chofe que les portraits d’un Normand » d’un Parifien & d’un

Gafcon. Le premier, difoit-il > €ft un méchant diable, le

fecond eft un bon diable, mais le dernier eft un pauvre dia- ble, &c.

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64 Codicile de Jérome Sharp.

reffemblance, & quoique ces deflins fuffent le chef-d'œuvre du prétendu deflinateur, la com- pagnie ne les regardoit ‘que comme de petits effais ; de ce que l’artifte avoit fait ces portraits enune minute, on concluoit qu'il pourroit faire trois ou quatre fois mieux, en employant trois ou quatre minutes de plus.

Les efprits étant ainfi prévenus, il s’agifloit de donner une preuve de talens qui fût fans re- plique, & de faire en deux ou trois minutes le vrai portrait d’une perfonne de la compagnie, Alors un compère fe préfentoit pour fervir de modèle, fon portrait étoit bien facile à faire,

car il étoit defliné d'avance avec du crayon

rouge fur du papier bleu ; la poudre bleue qui couvroit le papier cachoit le deflin aux yeux du fpettateur, maïs le prétendu peintre qui voyoit le papier de plus près, pouvoit voir à travers la poudre, tous les traits déjà deflinés; il n’avoit donc qu’à fecouer cette pouflière, & à deffiner les traits un peu plus fortement , pout faire fon portrait ëm-promptu.

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Codicile de Jérome Sharp. 6s

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L” Automate deffinateur.

J *A1 vu à Londres un portrait du roi d’An- gleterre fait par un automate; cette figure écri- voit aufli toutes les phrafes qu’on lui di@oit; elle étoit trop petite pour qu’on pût penfer qu'il y avoit un homme caché dans fon corps pour lui conduire le bras, & en même temps, elle paroïfloit trop détachée de la table fur laquelle elle deffinoit, pour qu’on ofàt fuppofer que fes bras étoient guidés par un agent extérieur. Ce- pendant il y avoit une communication réelle entre le bras droit de l’automate & celui d’un peintre caché dans la table. La figure fembloit ifolée, parce qu’on la portoit d'un coin de la table à l’autre, fans que perfonne püût voir trat- ner aucun fil; mais, lorfque l’automate étoit une fois pofé à fa place, la communication étoit bientôt établie, car on n’avoit qu’à pouffer dans la table l'aiguille 4, B, à travers le tapis Æ, F, pour la faire entrer dans le cylindre C, D, caché fous les jupons de la figure. Alors la partie Æ, B, cachée dans le tiroir, ne formoit qu’une feule & même pièce avec laspartie C, D, ca- chée dans l’automate ; & ces deux parties jointes | E

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66 Codicile de Jérome Sharp.

enfemble, formoient le bout d’un pantographe qui n’étoit pas bien différent de celui que nous avons décrit chap. X.

Par conféquent, tout ce que le compère def- finoit dans le tiroir au point B, fe trouvoit également defliné fur le tapis au point K ; or, le pantographe étant caché dans l’eftomac, & mettant en mouvement le bras de l’automate, il fembloit que l’automate deflinoit delui-même, & cela paroïfloit d’autant plus probable , qu’on ignoroit la communication établie entre le bras de la figure & ceui du peintre caché.

Nota , que l'aiguille 4, 2, & le cylindre C, D, quand ils font joints enfemble, forment une efpèce de levier qui a un point d'appui fous le tapis; que, par conféquent, tous les mouve- mens donnés au point B, fe répètent d’abord en petit au poirit C , enfens oppofé, & puis en grand au point K.

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Codicile de Jérome Sharp. 6?

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RE 2 ——— CHAPITRE XIII.

Principes du Jeu des Gobelers, tel gwon le joue à préfent. Supplément aux explica= tons de Guyot & d'Ozanam.

E jeu des gobelets eft connu depuis plu-

Ieurs fiècles ; cependant on le voit encore avec plaïifir dans les fociétés particulières, quand il eft joué avec autant d’adreffe que de babil; on fait qu'il confifte, en général, à faire paffer invifiblement de petites balles d’un gobelet à l'autre, ou d’une main fous un gobelet, &c. Pour expliquer , en détail ; TOUS ces tours de pafle-pañfe, il faudroit écrire un ouvrage fort vo- lumineux, qui feroit d’ailleurs très-ennuyeux ; c’eft pourquoi nous nous bornerons à donner ici, pour l’inftruétion de nos leéteurs les prin. cipes généraux de cet amufement avec les pe- utes fupercheries qu’on ÿ ajoute depuis peu.

63 Codicile de Jérome Sharp. D pi Principe L

Faire femblant de tirer une Mufcade ou petite Balle du bout du doigt, ou du bout d'uns

baguette,

La balle doit être cachée dans la main droite, entre le doigt annulaire & celui du mi-

lieu; ffg. 26.

2°, On ne montre aux fpeétateurs que le de- hors dela main, en tenant négligemment un baguette , comme dans la fig. 27.

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Codicile de Jérome Sharp. 69

90. Avec l'index & le pouce de la main droite, on ferre l’index de la main gauche; fig. 28,

4°. Un inftant après, l'index de la gauche frappe fur la table, tandis.que la main droite s'élève en l’air de 12 à 15 pouces; ce double mouvement fait croire aux fpectateurs qu’on vient de faire un effort pour tirer quelque chofe du doigt.

5°. On profite de l’inftant la main gauche eft élevée en l’air, pour tirer la mufcade de la pofition elle eft, & pour la préfenter aux fpectateurs dans la pofition de la fig. 29.

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70 Codicile de Jérome Sharp.

© 6°. En préfentant ainfi la mufcade, rabaïflez

la main en la portant précifément au point elle étoit auparavant , afin que les yeux du fpec- tateur puiffent voir l’expérience fans ceffer d’être fixés vers le même point.

N. B. Le faifeur de tours ne doit pas man- quer d’étourdir un peu les oreilles des fpeéta- teurs par fon verbiage ; par exemple, il peut dire : Vous allez voir, Meflieurs, des mer- veilles aufli grandes que celle du roi d’Angle- terre, quand il met 50 vaifleaux de ligne dans la Manche, ou que celle de l'empereur qui tient plus de 60 mille hommes dans fon Gand , ou que celle des Turcs lorfqu'ils jettent un feau dans la mer Noire, pour n’y puifer que de l’eau claire, &c.

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Codicile de Jérome Sharp. 7I

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Faire évanouir une Mufcade.

1°, Peu la balle fur la table , & montrez-la aux fpeétateurs en la tenant comme dans la fig. 29.

2e. Faites femblant de la mettre dans la main gauche, comme dans la fig. 20.

3°. Au lieu de la placer -dans la main gauche, faites-la rouler fubtilement pour la placer avec le pouce entre l’annulaire & le doigt du milieu

de la main droïîte, comme dans la fig. 26.

4". FermezZla main gauche comme fi la muf- cade y étoit; & pour la cacher fans gêne dans la main droite, prenez la baguette ; fig. 2e.

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72 Codicile de Jérome Sharp.

se, Frappez fur la gauche avec la baguette, en difant : J’ordonne à la mufcade d'aller dans le pays où, les chiens portent des béguilles, & de poffer par l’Angleterre ; c’efl un beau pays que l’ Angleterre, je n’y ai jamais été, mais je fais qu’on s’y amufe beauconp , parce que les Anglois

font gais comme des catafalques. Si, dans ce mo-

ment, vous ouvrez la main gauche, il femblera que la mufcade eft partie pour obéir à vos ordres,

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Codiaile de Jérome Sharp. 73

PrRrinwcire lIIlL

Faire trouver une Muftade fous un Gobelet fous lequel il n’y avo rien un inflant auparavant.

| Joe une mufcade que vous cache- rez dans la main droite, comme. dans la fg. 26, en tenant la main, comme dans la fig. 27.

29.-Priez le fpeétateur d’obferver qu'il n’y a rien fous un gobelet, en l’élevant à deux ou trois pouces au deflus dela table & en le tenant comme dans la ffg. 22.

3”. Dans cet inftant, pouffez fous le gobelet les deux petits doigts ; par ce mouvement, vous donnerez une impulfion fubite à la balle, qui tombera fur la table; mais vous la couvrirez aufli-tôÔt, fans que perfonne s’en aperçoïive , en remettant le gobelet à fa place.

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.74 Codicile de Jérome SAarp.

Après ce préparatif, fi on fait ufage du fe- cond principe pour faire évanouir une muf. cade, en lui ordonnant de pafñfer fous le gobe- let, le fpectateur fera frappé d’une double furprife ; car, d’une part, il ne verra rien dans la main gauche, il aura vu pofer une petite balle , &, d’une autre part, il trouvera la petite balle fous un gobelet il n’y avoit rien un inftant auparavant.

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Codicile de Jérome Sharp. 75

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PrRincirx IV.

Faire croire qu'il n°y a aucune Mufcade fous un Gobelet, quoiqwil y en ait plufieurs.

UELQUEFOIS On fe fert du troifième prin- cipe pour faire trouver une ou plufieurs muf- cades, non immédiatement fur la table, mais entre deux gobelets qui font pofés l’un dans l'autre ; alors, on peut, par une opération qui fuppofe beaucoup d’adrefle, faire croire que les mufcades n’y font plus, quoiqu’elles y foient. Pour cela, il faut, r°,que les mufcades foient placées für le fond fupérieur du premier go- belet, & que celui-ci foit couvert du fecond & du troifième, comme dans la fig. 23.

2°. Pofez à part, fur la table, le troifième

gobelet qui eft deflus; prenez les deux autres :

entre les mains, en les laiffant, pour uninftant, lun dans l’autre; enfuite faites glifler rapide-

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76 Codicile de Jérome Sharp.

ment le fecond fur le troifième , en inclinant un peu le premier : par ce moyen, les trois muf- cades paflent du premier au troifième , & font couvertes par le fecond.

3°. Pofez à part fur la table le premier gobe. let, & faites repafler adroitement les trois muf- cades fur le premier, en les couvrant toujours du fecond; cette opération répétée fubtilement cinq à fix fois de fuite, fait croire aux fpeéta: teurs que les mufcades fe font évanouies, & l’on peut les furprendre de nouveau, en leur faifant voir qu’elles y font encore ; c’eft à ce qu’on ap: pelle, en termes de l’art, courir La pole, parce que le cliquetis des gobelets frappe alors l'o- reïlle, en fuivant une mefure à trois temps, comme un cheval qui court au grand galop.

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Codicile de Jérome Sharp. 77?

PrRrincirze V. Faire pafer deux Gobelets l’un dans l’autre.

Press deux gobelets, le premier dans la main droite, & le fecond dans la main gau-

che ; fig. 24.

20, Jetez avec force le premier dans le fe- cond; fig. 24. EA

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76 Codicile de Jérome Sharp.

3°. Laiflez tomber le fecond fur la table, & retenez le premier entre les doigts; fig. 26,

Par ce moyen, il femblera que le fecond gobe. let refte toujoufs entre les doigts de la main gauche, & que, par conféquent, le premier doit avoir paflé à travers celui-là ; cependant, pour empêcher de parler Ceux qui favent le contraire, on les amufe par des mots, en di- fant: Meflieurs , quand vous voudrez faire ce tour, n'oubliez pas de retenir un gobelet, & de laiffir tomber l'autre par terre; & furtout, exercez-vous pendant quinze jours avec des verres de criflal,

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Codicile de Jérome Sharp. 79

PRincrPe VI

Comment peut-on faire difparoître, fans les toucher, des Balles qui étoient [ous un

Gobelet.

1, A vez un mofceau de bois qui ait la figure d’un cône tronqué, & auquel vous adap- terez plufieurs aiguilles à coudre, comme dans la fig. 27.

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2°. Que ce morceau de bois foit adapté inté- rieurement au fond d’un gobelet, de manière que la pointe des aiguilles touche prefque la table quand le gobelet eft dans fa pofition ordi- naire.

3". Dans l’inftant vous devez lever quel- que gobelet pour faire voir des mufcades, ren-

verfez-le en le jetant fur vos genoux, comme par mégarde, e

80 Codicile de Jérome Sharp.

4°, Au lieu de reporter fur la table le gobelet qui vient de tomber, placez-y celui qui con- tient les aiguilles.

5°. Couvrez les mufcades avec ce gobelet, en frappant avec un peu de force; il eft clair que les aiguilles entreront dans les mufca- des (1), & que, quand vous leverez perpen- diculairement le gobelet, elles ne paroîtront plus fur la table.

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(1) Les mufcades font de petites boules de liége noircies À la flamme d’une chandelle.

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l'aire trouver une groffe Balle [ous un

Gobelet,

1 O N prend de la main droite une groff balle qu’on tient avec le pouce , comme dans la fig. 28.

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Codiale de Jérome Sharp. 8x

2°, Pour que la balle ne foit point aperçue du fpeétateur, on tient la main négligemment appuyée fur le bord de la table; fig. 29.

3". On lève le gobelet de la main gauche, en priant le fpectateur d’obferver qu'il n’y a rien deflous, & l’on prend fubitement le même gobelet de la main droite, en y inférant la groffe balle ; le fpeétäteur ne doit pas la voir entrer, à Caufe de la rapidité du mouvement, & parce que fes yeux fe portent naturellement fur la table, pour obferver qu’il n’y avoit rien fous le gobelet.

4". On tient un inftant le gobelet en l’air avec la main droite, en foutenant avec le petit doigt la groffe balle qui eft dedans.

5.On pofe le gobelet fur la table, en priant le fpeétateur de fe fouvenir qu'il n'y a rien deffous.

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82 Codicile de Jérome Sharp.

Quand on a mis, par Ce moyen, Une grofle balle fous un gobelet, à l’infu du fpettateur, il eft bien facile de le furprendre en lui montrant cette balle, qui femble être arrivée par une vertu magique.

Principe VIIL

Faire croire qu’il n’y a rien fous les Gobeleis,

quoiqw’il y ait fous chaque une gro )ffe Balle.

1 confifte à lever les gobelets fuccel- fivement en foutenant la balle avec le petit doigt ; mais le meilleur moyen de produire cet effet, eft d’avoir des balles remplies de crin, afin qu’elles foient un peu élaftiques , & de les faire précifément affez grofles, pour qu'était

uo peu ferrées dans la partie fupérieure du go |

belet, elles s’y foutiennent d’elles-mêmes pat cette preffion. Alors on peut prier le fpecta- teur de voir qu'il n’y a rien fous le gobelet, en le levant perpendiculairement de la main gau- che fans mettre le petit doigt par deffous ; mais, en le pofant fur la table , il faut frapper un peu

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fort , afin que. la balle fe détachant par cette fe. À couffe, tombe fur la table, & qu’elle puifle fur: ! prendre les fpeétateurs, par fa préfence, quand

on relevera le gobelet.

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Codicile de Jérome Sharp. 83

PRiINc1iPrEe IX,

Métamorphofe des oroffes Balles, en Épon-

ges, Perruques & Bonnets de nuir.

Res de plus facile que de faire trouver ces divers objets fous un gobelet; on les‘tient bien ferrés dans la main droite, & on les met fous le gobelet comme de grofles balles, dans linftant même on prie le fpeétateur de re- marquer de grofles balles qui viennent d’arri- ver; il eft fi occupé de la merveille qu’on lui préfente dans ce moment, qu’il ne fait point attention qu’on lui en prépare de nouvelles.

Après ce préparatif, on prend. une grofle balle qu’on porte fous la table, en lui ordonnant de pafler dans un gobelet & de fe métamor- phofer ; on la laifle fur fes genoux, & le fpec- tateur ne le foupçonne feulement pas, tant il eft furpris de voir fous le gobelet les nouveaux objets qu'il n’a pas vu entrer.

N. B. Je n’en dirai pas davantage fur le jeu des gobelets, parce que mon intention n’eft point de faire des efcamoteurs, mais feulement d'expliquer les caufes avec aflez de détail » pour que les lecteurs ne puiffent pas douter des effets que Je leur attribue.

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84 Codicile de Jérome Sharp.

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Cmariree XIV Joli tour de Pafle-Pafle, avec du Mille.

O N préfente à la compagnie un petit fac rem- pli de millet avec un petit boiffeau de fer-blanc, d'environ deux pouces de haut fur un pouce de large ; on remplit le boiffeau de millet, &, après l'avoir pofé fur la table, on le couvre d’un cha- peau; enfuite on ordonne que le millet forte du boiffeau , pour aller fous un gobelet qui refte fur la table, après quoi on lève le chapeau &le gobelet, pour faire voir que le millet a quitté le premier pour paffler au fecond.

Pour cet effet , il faut avoir un boiffeau & un gobelet deftinés à cet ufage.

Le gobelet doit contenir intérieurement un double fond 4, B, C, D, foudé au gobelet, aux points 4, B, C; mais la partie 4, D, C, eftmobilefur {a charnière 4, C. Le point D ferré contre la parois du gobelet, foutient, par cette preflion , la petite porte mobile 4, D, C, fig.35

Codicile de Jérome Sharp. 8$

mais cette porte s'ouvre d'elle-même, quand on frappe fortement le gobelet contre la table.

Le petit boifleau de fer-blanc doit avoir du millet collé avec de l’empoix , fur la furface ex- térieure du fond; par ce moyen, quoiqu'il foit vide, il peut paroître plein lorfqu’on le place fur la table, Ie fond en haut, & l'ouverture en bas.

On le remplit réellement de millet, à diffé- rentes reprifes, en le plongeant dans le fac, & on le vide en l’inclinant peu à peu fous les yeux du fpeétateur; mais, lorfqu’on le plonge pour la dernière fois dans le fac, on le tourne fens- defflus- deflous, &, par ce moyen ,1l femble, quand il fort, qu’il foit rempli de grains, quoi- qu'il n’y ait alors que le millet collé au fond, & quelques autres grains qui forment fur celui- une efpèce de petite pyramide.

On le pofe ainfi fur la tablé, & on pañle la baguette par -deffus en raclant fur les bords, pour faire tomber tous les grains fur la table = à l'exception de ceux qui font collés fur le fond du boifleau, & le boiffeau femble toujours plein.

Quand on le couvre avec un chapeau, on profite de l’occafion pour le retourner fens- deflus-deffôus, fans que perfonne s’en aperçoi- ve , afin qu'il paroifle vide lorfqu'il fera mis à découvert.

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86 Codicile de Jérome Sharp.

Le gobelet qui contient le miilet doit être mis fur la table , fans que perfonne y fafle at- tention ; pour cela, il faut, quand on exécute la dernière métamorphofe des grofles balles, renverfer un gobelet en le faifant tomber fur fes genoux , comme par mégarde; alors, au lieu de remettre fur la table le gobelet qui vient de tomber , on y met celui qui contient le millet, & qui reflemble extérieurement au premier.

CHAPITRE XV.

L’Alène enfoncée dans le Front.

Etes alène eft compofée d’un manche creux & d’un fil d’archal bien droit dans fa par- tie extérieure À, B, mais tourné en vis dans la partie qui eft cachée dans le manche ; fig. 34°

Codiale de Jérome Sharp. 87

. Lorfque la pointe 4, B, eft appuyée contre le front du faifeur de tours, elle entre dans le manche, comme dans la fg. 32.

Le fpeétateur ne connoiffant point ce mécanif- me , s'imagine qu’elle eft entrée dans le front; lorfqu’enfuite on ceffe de la prefler contre la tête, l’élafticité du fil d’archal lui fait reprendre fa première pofition-en le repouflant au dehors. (1)

(1) Le poignard dont on fe-fert quelquefois pour le dé- nouement de certaines tragédies , eft fait d’après le même principe.

CHAPITRE XVI. Le peut Entonnoir.

D Fe le même inftant que l’efcamoteur Ôte l’alène du front, ‘il porte vers ce même endroit un petit entonnoir d’où on voit fortir du vin,

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88 Codicile de Jérome Sharp.

qui ceffe ou continue de couler au commande- ment. Il femble que le vin forte par le trou fait au front avec l’alène, & l’efcamoteur, pour rendre le fait plus croyable , ne manque pas de dire qu’il eft fi. grand buveur, que le vin de Bourgogne circule dans fes veines aufli bien que le Champagne.

Le fecret confifte à avoir un entonnoir dou- ble, c’eft-à-dire deux entonnoirs foudés l’un dans l’autre. Le vide qui refte entre deux, fert à cacher le vin jufqu’à ce que, pour le faire cou- ler, on lui donne de l’air par le petit trou 4, en ceffant d’y appuyer le pouce ; fig. 33.

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Codicile de Jérome Sharp. 89

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ChHAtrrr te" XVAIT.

La Pièce de deux Liards changée en Pièce de vingt-quatre Sols, & vice verfà,

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Ox fait, avec une pièce de deux liards, un tour d’adrefle très-amufant, quand il eft bien exécuté. On montre la pièce de-deux liards dans la main, on ne fait enfuite que fermer & ou- vrir la main, & c’eftune pièce de vingt-quatre {ols. On n’a befoin que de fermer & ouvrir la main une feconde fois pour la rechanger en pièce de deux liards, à la troifième fois.elle n’y eit plus, & à la quatrième fois elle y eft encore. Ces quatre tours doivent fe faire en moins d’une demi-minute.

Pour cela, il faut avoir une pièce de deux liards limée & applatie de moitié, à laquelle on foude une pièce de vingt-quatre fols également limée & applatie; ces deux pièces jointes en- femble de cette manière n’en font qu’une qui paroît être de Cuivre ou d'argent, felon le côté qu’on fait voir. On commence par montrer la pièce de deux liards fur le bout des doigts, comme dans la fig. 34.

go Codicile de Jérome Sharp.

En fermant la main, on renverfe naturellement la pièce fens-deflus-deflous pour la faire paroi- tre en pièce de vingt-quatre fols vers le milieu de la main, comme dans la ffg. 34. |

Alors, fion la fait gliffer de nouveau fur le bout des doigts, il eft clair qu’on n’aura qu’à fermer & ouvrir une feconde fois la main pour la faire reparoître en pièce de deux liards.

Pour la faire difparoître, il faut faire fem- blant de la mettre dans la main gauche en la retenant dans la main droite, Si on ouvre la main gauche, un inftant après, en priant le fpec- tateur de fouffler deflus, la pièce femblera s’être évanouic ; fig. 36.

Codicile de Jérome Sharp. 91

Dans cet inftant, on pafle la main droite fur la main gauche, comme pour mieux indiquer aux {peétateurs l'endroit on le prie de foufiler une feconde fois. Ceci eft un prétexte pour avoir l’occafion de laifler tomber la pièce dans la main gauche , qu’on ferme aufli-tôt ; & , quand on ouvre cette main pour la dernière fois, le fpettateur eft tout furpris d’y retrouver la pièce.

CHaAPiTRE XVIIL Superbe tour de Paffje-Pafle avec des

Jetons.

Ce tour eft, fans contredit, un des plus beaux qu’on ait jamais inventés ; il eft, en quel- que façon, compofé de fix tours différens , qui, étant, pour ainfi dire, opérés dans le même inftant, ne peuvent que faire la plus grande impreffion, tant fur les yeux que fur l’efprit du fpectateur ; en effet, n’eft-il pas furprenant, 1°, d’être, pour ainfi dire, témoin qu’un à jouer s’évanouit & difparoît dans un lieu d’où perfonne n’a pu le fouftraire ; 2°, que des jetons fortent invifiblement d’une main on les a vu placer; 5°,de trouver ces jetons-là on

92 Codicile de Jérome Sharp.

wavoit mis qu’un à jouer; 4°, de trouver enfuite ces mêmes jetons dans une main qui étoit vide (en apparence ); 5°, de ne trouver ces mêmes jetons fous un cornet on Îles avoit placés, & auquel perfonne n'a touché ; 6°, detrouver le à jouer à fa première place, d'où il avoit difparu ? |

Pour faire ce tour, il faut d’abord fe pro- curer un petit à jouer, avec une vingtaine de liards ou de jetons , fimplement des pièces de fer-blanc taillées en rond comme des pièces de vingt-quatre fols.

2°. Il faut avoir un petit cornet cylindrique de cuivre, de carton, ou de fer-blanc. Il doit avoir un calibre fuffifant pour que les jetons puiffent y entrer; ildoit, de plus, être élaftique & affez flexible pour qu’en le ferrant entre deux doigts, on puifle empêcher de tomber les jetons qu'on mettra dedans, quoique l'embouchure du cornet foit tournée vers la terre.

4°, Une quinzaine de liards ou de jetons percés d’un gros trou dansle milieu ,& foudés enfemble les uns fur les autres, de manière qu'étant fur- montés d’un liard ou d’un jeton non percé , ils repréfentent une pile de liards ou de jerons ordi- naires ; on peut aufli fe procurer une pareille pile creufe, avec un cornet entouré de fil de fer ou de cuivre, & furmonté d’un liard ou d'un

| |

Codiale de Jérome Sharp, 93 jeton; fig. 37.

4°. On jette un écu de fix livres fur la tables on met le petit dans un cornet & on le jette pareillement fur la table, après l'avoir fecoué un inftant; enfuite on donne le cornet & le à une perfonne de la compagnie, en la priant de jeter le à fon tour pour favoir à qui appar- tiendra l’écu de fix livres. Ceci n’eft qu’un pré- texte pour faire remarquer, fans affeétation, à la compagnie, que le cornet eft fimple & fans apprêt, & qu'il n’y a dedans aucune pièce pré- parée d'avance pour jouer quelque tour.

5°. Quand on a ainfi jeté le plufieurs fois de fuite, on s'empare du cornet > & l’on prie quel-

qu’un de placer le fur l’écu de fixlivres comme dans la fig. 38.

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94 Codicile de Jérome Sharp.

6°. Tandis que le fpeétateur place ainfi le fur l’écu de fix livres , on porte de la main droite le cornet fur le bord de la table, & de la main gauche on prend la fauffe pile de jetons pour la mettre fecrettement dans le cornet.

7». On place, pour un inftant, fur la table, la pile creufe & le cornet qui feul eft vu du fpeétateur.

&. On foulève le cornet en le ferrant un peu entre les doigts pour empêcher la pile de tom- ber, & on place l’un & l’autre fur Le dé, comme

dans la fig. 39.

0°. On prend, de la main droite, une quin- zaïne de liards ou de jetons qu’on tient d’abord au bout des doigts, & qu’on fait enfuite pafler vivement au fond de la même main, en la rap- prochant de la main gauche. Cette dernière main fe fermant dans le même inftant, le bruit que font les liards par la fecouffe qu’on leur donne, fait croire, pour un inftant, au fpeétateur , que les liards ont changé de main, & que par con-

Es.

Codicile de Jérome Sharp. 9$

féquent , ils ne font plus dans la main droite.

10°. Pour que la main droite ne paroiffe pas gènée, en reftant fermée , pour tenir lesjetons, on prend de cette main une baguette dont on appuye le bout fur la main gauche, comme pour ordonner aux jetons d’en fortir.

11°. On ordonne effectivement aux jetons de fortir pour pañler dans le cornet qui eft fur l’écu de fix livres, & d’en chafler le pour fe mettre à fa place.

12°. On ouvre auffi-tôt la main pour faire voir que les jetons font partis ; &, dans ce même inftant, pour ne pas donner aux fpeétateurs le temps de réfléchir que les jetons font dans la main droite, on lève le cornet fans le ferrer , en laïffant fur l’écu de fix livres la faufle pile de jetons, comme dans la ffg. 40.

15°. Si l’on a eu foin de mettre d'avance fur cette pile deux ou trois jetons non foudés, on peut les tirer & les jeter fur la table l’un après

96 Codicile de Jérome Sharp.

l’autre, en difant : En voilà un pour le garçon d’écurie , l’autre pour la férvante , & celui-ci pour le marmiton. Il faut que les honnêtes gens vivent, & les Normands aujf. Cette circonftance fait croire que la pile eft compofée de véritables jetons, qu’elle n’eft point creufe, & qu'il n'y a point de caché en dedans.

14°, On remet le cornet fur l’écu de fix livres en couvrant la faufle pile, & on ordonne aux jetons de traverfer la table & de fortir invifi- blement du cornet, pour que le puifle repren- dre fa place.

15°. On porte la main droite fous la table, & , en fecouant les jetons, on les fait fonner pour faire croire qu’ils font déjà pañlés.

16°. On les jette fur la table, & on prend le cornet: en le ferrant entre les doigts, pour en: lever la pile ; les fpeétateurs voyant alors re- paroître le dé, s’imaginent que les jetons font fortis pour lui faire place.

17°. On porte le cornet fur le bord dela table, on laiffe tomber la pile creufe fur fes genoux; après quoi on jette négligemment le cornet fur le tapis, pour que chacun puifle voir qu’il ny a rien dedans. Dans ce moment, il faut bien fe garder d’obferver aux fpeétateurs qu'il n’y a rien dans le cornet ; une pareille obfervation de votre part, pourroit lui donner des foupçons, & faire

: naître

; [h ' 1e + qu Le TA Codicile de Jérome Sharp. 97 Fa naître dans fon efprit une âdée qu'il n’auroit ja- TUE mais eue. Îl vaut mieux que le fpeétateur fafle LUE cette remarque de lui-même. Ent ST <- TS F (il | Ca rrre sg -XIX. D À La boîte aux Œufs & la Botte à !z ; | Mufcade, qu ll 1. 8, eft une boîte ovale qui fe divife en deux il parties, C, D; le couvercle D contient trois DA parties, £, F, G, qui repréfentent la moitié A0 . AA d'un œuf, & qui entrent l’une dans l’autre, ENT s] Q il ti ne comme des gobelets ; fig. 42. fi “Hi Î (| Le faifeur de tours peut donc montrer la boîte Ka

vide comme au point C, lorfqu’il enlève ces trois parties dans le couvercle D ; mais, s’il en laïfle quelqu’une fur la boîte, cette boîte pa- roîtra contenir un œuf comme au point H; & comme Ces parties {ont de différentes couleurs,

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98 Codicile de Jérome Sharp.

l'œuf pourra paroître blanc, rouge ou vert, fuivant qu’on en laïffera fur la boîte une , deux ou trois; par ce moyen, fi le faifeur de tours tient dans la main droite le couvercle D, & dans la gauche, la boîte contenant un œuf en apparence comme au point , & qu'il rappro- che cet œuf de la bouche comme pour le man- ger ; fi, dans ce même temps , il fait pafler fub- tilement cet œuf dans le couvercle D, un inf tant après, il n’aura dans fa main que le cou- vercle D & la boîte vide telle qu’elle eft au point C; de cette manière, il femblera avoit mangé l’œuf; dans ce cas-là, il eft effentiel qu'il contribue à l’illufion par le mouvement des mâchoires; cependant le tour ne confifte pas direétement à manger un œuf, car il n’eft rien de plus fimple & de plus naturel ; maïs il confifte à perfuader qu’on l’a mangé, pour le faire retrouver enfuite dans la même boîte.

Au refte , nous n’expliquons ici que la fubf- tance & la partie eflentielle du tour, & telle perfonne qui le faura de la manière que nous venons de l'expliquer, trouvera encore quel- qu'amufement à le voir jouer avec tous fes accefloires. C’eft ainfi que l'opéra nous amule quelquefois par des incidens, lors même qu'il nous repréfente des faits impofñfibles ou invrai- femblables.

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Codicile de Jérome Sharp. 99

Il eff, je penfe, inutile d'expliquer à préfent comment on peut, d’après le même principe, conftruire une petite boîte, dans laquelle on feroit paroître ou difparoître une mufeade.

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C'HAPITÉR TT Le Sac aux Œufs.

C E tour eft un des plus fimples & des plus faciles ; il fe réduiroit prefque à rien, fans le babil de l’efcamoteur; il confifte à faire trouver des œufs dans un fac il n’y avoit rien un inftant auparavant; pour prouver qu'il n’y a rien & qu'on n’y met rien, on le tourne & retourne plufieurs fois en mettant le dedans du fac en dehors, & le dehors en dedans. Rien de plus commode qu’un pareil fac, dit l’efcamo- teur, lorfqu’en voyageant on arrive dans des auberges il nya rien à manger ; on prie la poule invifible de pondre deux ou trois dou- Zaines d'œufs, & bientôt après, on mange des omelettes, des œufs à la braife, à la coque, au miroir, des œufs pochés au beurre noir comme font les yeux de ma femme : A propos de ma femme, je vous dirai qu’elle eft fi méchante, & fi querelleufe , que jai été obligé de lui caffer Gr i

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too Codicile de Jérome Sharp.

les bras pour l'empêcher d’en venir aux nains, Elle eft fi prodigue qu'il faut la faire coucher à la belle étoile, pour l'empêcher de jeter l’ar- gent par les fenêtres; fi elle continue d’être obftinée , je lui couperai l’oreille pour qu’elle {oit moins entière : Ah ! que j'ai été dupe

De faire avec ma langue , en dépit du bon fens, Un nœud que je ne peux défaire avec les dents ;

mais, tandis que je vous conte ceci, la poule a pondu.

Alors il tire un œuf du fac; &, tournant le dedans en dehors , il fait voir qu'iln’y a plus rien; enfuite il continue de cette manière.

Connoillez-vous, dans la rue Saint - Denis, ce gros marchand qui a été condamné à l'amende pour avoir mal auné (au nez); l'amende quil paya n’étoit pas une amande douce ; il m'invita l'autre jour à boire une bouteille de vin rouge qui étoit vert, (il vaut mieux avoir du vin vert que de n’en avoir d’aucune couleur); nous man- gemes enfemble une paire de poulets, mais ils étoient fi maigres qu’on auroit pu les manger

en carême ; d’une autre part, la moutarde étoit impertinente, car elle prit le monde par le nez;

au refte, Meflieurs, foyez à vos treize; mais ne reftez point à fix, (foyez à votre aile, mais ne reftez point aflis) car je vous dis un conté

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Codicile de Jérome Sharp. 101

à dormir debout... Ah, ah! voilà la poule qui a pondu.

Il tire un autre œuf du fac & fait voir qu’il n’y refte plus rien.

Enfuite il continue fur le même ton jufqu'à ce qu’il ait fait paroître cinq à fix œufs.

L'art confifte à avoir un fac double compofé de deux facs coufus enfemble par le bord ; par ce moyen, on peut le retourner fans faire pa. roître les œufs cachés entre les deux pièces de toile ; on les fait paroître à volonté. en les fai- fant fortir par une petite ouverture laiffée à ce deffein. Les œufs doivent être vides, pour qu’on foit moins expofé à les cafler, & afin qu'étant plus légers, ils puiffent fe tenir au fond du fac fans le rendre plus tendu.

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Cats re XXI Nouveau fecret pour faire des Jeux de M Of;

réflexions fur le moyen d’amufer les Sim ples par des Calembouros | ou l'art des

Mauvais Plaif[ans dévoilé.

ES, jeux de mots ne font furement pas de Ja magie blanche, mais ils lui fervent comme de vernis. Les faifeurs de tours en font adroi-

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ro2 Codicile de Jérome Sharp.

tement ufage pour partager l’attention des fpec- tateurs, & pour leur faire admirer des opéra- tions qui, fans cet accefloire, n’auroient fou- vent rien d’admirable; les tours d’adreffe, dont nous avons parlé dans les chapitres précédens, doivent furtout être accompagnés de beaucoup de babil. Un difcours raifonnable feroit alors hors de faifon, & les calembourgs font à peu près le genre d’éloquence qui convient au fujet.

Les jeux de mots, difent les auteurs de l’en- cyclopedie, quand ils font fpirituels & délicats, fe placent à merveille dans la converfation; les lettres, les épigrammes , les madrigaux, les im- promptus ; ils ne font point interdits lorfqu’on les donne pour un badinage qui exprime un fentiment , ou pour une idée paflagère ; car, fi cette idée paroiïfloit le fruit d’une réflexion fé- rieufe, fi on la débitoit d’un ton dogmatique, elle feroit regardée avec raifon pour une peti- tefle frivole qu’il faut renvoyer aux farceurs & aux-artifans qui font les plaifans de leur voi- finage.

Si je voulois faire ici l'éloge des jeux de mots, je pourrois, peut-être, prouver qu'ils ont été en honneur chez les anciens comme ils le font chez les modernes. Je pourrois d’abord citer Ciceron, parlant à un cuifinier qui lui deman- doit fon fuffrage pour obtenir une charge de

Codicile de Jérome SZarp. 103

magiftrature, & lui répondant, favebo coque (guogue). Par cette réponfe, l’orateur romain rappeloit finement à cet homme fon ancien état; puifqu’elle fignifie également je te favorifèrai auffl, ou Je te favoriférai cuifinier.

Je pourrois enfuite citer S. Auguftin, qui n’a- voit aucune averfion pour les jeux de mots, & qui dit, quelque part, que Sainte Perpétue & Sainte Félicité jouiflent d’une perpétuelle félicité.

J'inviterois à lire le poëte Owenus, qui dit, en parlant d’Érafme :

Quæritur undè tibi fit nomen Erafmus, Eras mus.

Je tranfcrirois le paffage d’une oraifon fune- bre, Mafcaron, évêque de Tulle. dit que le grand, l’invincible Louis, à qui l'antiquité eût donné mille cœurs, fe trouve maintenant fans cœur.

Je rappellerois ce que dit le P. Cauflin dans la cour fainte, avoir, que les hommes ont bâti la tour de Babel, & les femmes la tour de äbil.

Je citeroïs enfin, ce prédicateur qui prouva dans fon premier point , que S. Bonaventure eft le doëleur des Séraphins, &, dans fon fecond point, qu’il eft le Séraphin des dodeurs.

Mais toutes ces citations ne prouveroient peut-être autre chofe, finon que le mauvais goût a régné dans tous les fiècles, & que les

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104 Codicile de Jérome Sharp.

plus grands hommes lui ont payé de temps en temps un tribut momentané; cependant il faut convenir que, fur les mille & une pointes que chaque jour voit éclore, il s'en trouve fouvent jufqu’à deux ou trois de paflables; par exem- ple, qui eft-ce qui feroit fàché d’avoir fait les vers fuivans de Voltaire à Deftouches"?

Auteur folide , ingénieux,

Qui du théâtre êtes le maître, Vous, qui fftes le Glorieux»

Il ne tiendroit qu’à vous de l'être.

Les fatyriques employent fouvent les jeux de mots pour diftiller le fiel, & pour mettre à la raifon des gens qui n’entendent pas le langage de la raifon; l’homme d’efprit s’en fert finement pour changer de propos, & pour mettre fin à une converfation ennuyeufe. L'homme de let- tres les étudie quelquefois, comme un marin qui cherche fur la carte les écueils qu'il veut éviter. L'homme du monde les employe fouvent fans diftinétion pour briller dans des {ociétés le bon fens feroit tourné en ridicule, & le favant cherche quelquefois à les connoître pour avoir le droit de les méprifer.

Bien des gens fe croyent riches en fait de bel-efprit, parce qu’ils ont pris la peine de faire une grande colleëtion jeux de mots. Pour

nt

Codiale de Jérome Sharp. 10$

leur prouver que leur tréfor n’eft compofé que de la monnoie la plus commune, nous allons indiquer ici quelques unes des fources abondan- tes & multipliées, chacun peut, en un inf- tant, faire une ample provifion.

Nous donnerons d’abord quelques règles par- ticulières pour la faéture des calembourgs ; enfuite, pour foulager la mémoire , nous rédui- rons toutes ces règles à un feul principe géné- ral, à l’aide duquel les amateurs des jeux de mots pourront en faire plufieurs centaines par heure,

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Première règle particulière,

LS noms Commencant par 22 ami peu- vent ordinairement fervir à faire un pitoyable Calembourg de cette manière, La mitraille » La mi- lice , la Michaudière, l’amidonnier, &c. ( Parmi Traille, l'ami Lice, ami Chaudière » l’ami Don. nier) Un certain monfieur de /2 Miane dinoitun jour avec plufieurs de fes amis > Qui lui difoient de temps en temps : A ta fanté, la Miane, Un al- lemand, qui était de la Compagnie, croyant qu’on lui difoit : 4 ta fanté , P Ami Ane , & n’ofant l’ap- peler fon ami, fe contenta de lui dire refpec- tueufement : 4 votre Janté, M. Ane.

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106 Codicile de Jérome Sharp.

Deuxième règle.

| DISAIS EMENT , tout nom propre qui, loriqu’il eft précédé de mi, forme un mot fran- çois ou un mot quelconque qui fe prononce comme en françois, peut fervir à faire un ca- lembourg ; ainfi, on peut dire à M. Lifle, bon jour , l’ami Liffe (la milice). Un faifeur de ca- lembourgs avoit un ami qui s’apoeloit M. Graine ; il difoit qu’il n’étoit jamais fi content que lorfqu’il avoit /’ami Graine (la migraine ),

Troifième règle.

Fa. les noms mafculins commençant pat per & les noms féminins commençant par ner, amer , tante, bé, contes, &c., peuvent fervit à faire un calembourg de la manière fuivante : Le perroquet aime la merluche. Le père Oquet aime la mère Luche.

Le perturbateur aime l’amertume. Le père Turbateur aime la mère Tume,

La conteflation eft pour la héquille. La comteffe Tation eft pour l'abbé Quille:

La tentation pour la bécaffe. La tante Ation pour l'abbé Cafe.

Codiale de Jérome Sharp. 107

Dans une fociété, on parloit un jour du ma- riage du doge de Venife avec la mer Adriatique; (/a mère Adriatique). Un mauvais plaifant dit alors qu’il avoit aflifté à un mariage bien fin- gulier, favoir, celui du Pérou & de l'Amérique, (du père Ou & de la mère Ique).

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Quatrième règle,

L ES nomsfrançois commencant parc,p,v,t, &c., & dont on peut retrancher cette première lettre de manière que ce qui refte fe prononce comme un autre nom françois, font une fource abondante de calembourgs Exemples pour la lettre c ; cing anons & vingt-cing armes (cing ca- ons €. vingt-cing carmes ),

Pour la lettre P; trop peureux ( trop heureux).

Pour la lettre £, par arrêt du parlement on a brûlé cent tomes (cent hommes). Un homme eft ici, quoiqu'il foit ailleurs , (quoiqu'il fort tail. leur). Pour la lettre », neuf villes, ( neuf les); neuf vers, (neuf'airs ).

Cinquième rèole.

L À plupart des adjectifs commençant par dé, ont propres à faire un calembourg de cette

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108 Codicile de Jérome Sharp.

manière : Déraifonnable, défobligeant , déshon- nête, (des raifonnables , des obligeans, des hon- nêtes ).'

Un homme avoit dit à un autre que fes pro- pos étoient défagréables, celui-ci fe fâcha ; mais le premier repliqua que les propos, dont il par- loit, étoient des bons & des agréables (N. B. Ce calembourg eft tiré de Molière ).

ro nrmnemmmmeqeee Szxrème règle.

Le mot Jean , précédant un verbe à la troi- fième perfonne de l'indicatif, peut faire un ca- lembourg de cette manière : Jean joue, Jean chante, Jean péche, j'en joue, j’en chante, j’em- péche). Mais le calembourg le plus fingulier qu'on ait fait fur le mot Jean, eft celui-ci : Saint Jean-Baptifle, (finge en batifle).

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Septième rèole,

Le mot /ans fait calembourg dans une in- finité de cas; exemple : J’aitrois bourfes & deux cents louis (deux fans louis), Dans un village,

il y atrois clochers & deux cents cloches (deux fans cloches ).

Codiaile de Jérome Sharp. 109

Huitième règle.

: FN E mot cing fait calembourg dans une infinité de cas ; exemple: Céng pierres, cing hommes, cinq loups, cing clous , cing marcs, céng canons (S. Pierre, S. Côme, S. Loup , S. Cloud, S. Marc ; les Saints Canons).Un homme difoit fouvent que fon père avoit la croix de S. Louis; on lui ré- pondit qu’il étoit fils d’un favetier, mais il re- pliqua que cela n’empêchoit pas fon père d’a- Voir une croix de quarante écus ou de cing louis.

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Neuvième rèole.

ee les mots qui ont un donble fens font propres à faire des pointes; ainfi l’on Pêut dire à l’auteur de foixante volumes : J'aime mieux un louis que tes foixante livres, C’eft à cette règle qu’il faut auffi rapporter l’'épigramme fuivante :

Delille, ta fureur Contre ton procureur Injuftement s’allume. Cefe de mal parler ; Tout ce qui porte plume Fur créé pout voler.

Ces deux dernières pointes font du plus mau-

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TI10 Codicile de Jérome Sharp.

vais goût, en ce que la penfée en eft faufle, & qu’elle roule fur des mots à deux fignifica- tions totalement difparates; mais fi la penfée étoit vraie, & fi le mot équivoque avoit deux fens analogues, comme font ordinairement le fens propre & le fens figuré , l'épigramme feroit quite, comme font les fuivantes de divers au-

teurs. I.

Bien que Paul foit dans l’indigence, Son envie & fa médifance

: M'empêchent de le foulager. Sa fortune eft en grand défordre, 1 ne trouve plus à manger., Mais il trouve toujours à mordre.

CHARLEVAL. II.

De la chaleur je me délivre d En lifant ton gros livre Jufqu’au dernier feuillet. Tout ce que ta plume trace, Robinet, a de /a glace

Pour faire trembler Juillet. MAINARD. Ta

Je ne faurois vous pardonner Le régal qu’à S.-Cloud Paul a fu vous donner ; C’eft le plus dégoûtant des efprits fades. Vous aimez trop les promenades ,

Iris , allez vous promener. | CHARLEVAL.

Codicile de Jérome Sharp. £1: IV.

Depuis deux jours, on m’entretient Pour favoir d’où vient chentepleure, Du chagrin que j’en ai je meure.

Si je favois d’où ce mot vient,

Je l’y renverrois tout-à-l’heure,

DE CAILLY. V.

Pourquoi n’a-t-on pas mis ici de garde Difoit un feigneur des plus fous Pañfant fur un pont de fa terre. Un gaillard de fes alliés

Lui dit, d’un air plaifant , felon fon ordinaire:

C’eft qu’on ne favoit pas que vous y pañeriez.

-fous,

BARRATOr. VI.

À la cour, le plus habile N'a pas toujours un grand bonheur. La charge la plus dificile Eft celle de dame 4’honneur.

M. DE Mauce orx.

C’eft d’après cette même règle que les difeuts de mots, quand ils parlent d’un auteur qui ne met aucune planche gravée dans fon livre, difent qu’il ne fait aucune figure; mais fi cet auteur a mis des gravures dans fon ouvrage,

on dit que c’eft un naufragé qui fe fauve à Ja faveur des planches.

112 Codicile de Jérome Sharp.

PR Dixième règle.

UELQUEroIs on fait des pointes en sé. cartant du fens réel des mots, pour ne fuivre que le fens étymologique; l’épigramme que nous venons de citer fur les garde-fous peut fe rapporter à cette règle. Voici un autre exem- ple tiré du poëme de la Magdelaine ; l’auteur, voulant dire que le repentir de fon héroïne in- dique un amour in ini,dit,

que c’eft l'indicatif D'un amour qui s’en va jufqu’à l’infiniif.

Onzième rèole.

UELQUEFOIS à propos d’un mot, on employe d’autres mots qui ne diffèrent du pre- mier que de quelques lettres ; c’eft ainfi que les difeurs de mots affectent de confondre le dévous- mentayec le dévoiement , ils difent par affeétation les gredins de l'hôtel, au lieu de dire es gradins de l'autel ; ils parleront d’une courtifanne diffamée à propos d’un courtifan affamé. Ils prétendent que /a Grange- Chancel n’eft pas un auteur Jans fel; felon eux , M. Trivelin doit s'appeler M.très- yilain ;ilsconfondent la propreté avec la propriété,

|

Codiaile de Jérome Sharp. 113

A ——

. & la juffeffe avec la juflice. Ils affeCtent de citer | Je combat des Horaces & des Curiaces , qu'ils ap- pellent le combat des Horaces & des Coriaces. À propos des Saints, ils paflent des mal-fains; & quand un auteur fait éprémer , ils difent qu'il ne fait aucune #mprefion; mais ce dernier mot appartient à la dixième règle, L'auteur du poëme de /4 Magdelaine dit :

Jérufalem la vit comme une pécherefe, Et Marfeille l’ouit comme une précherefe,

Un prédicateur (le P. Cotton) difoit autrefois à Henri 1V : Votte fceptre eft un caducée par lequel les hommes font conduits , induits & ré. duits.

On peut auffi rapporter, à cette claffe, Les vers fuivans:

À un Homme, à qui on avoit prété les Œuvres

de Marot.

Si quelqu'un vous les efcamote, Je le donne au diable Aftarot ; D'autres font fous de leur Marotte,

Moi, je le fuis de mon Maror. CHARLEVAL

Ÿ

114 Codicile de Jérome Sharp.

| à Douzième règle.

uEeLQuEerots, pour changer le fens d’un mot, il n’y a qu’à changer le mot fuivant, comme dans ces trois épigrammes :

I.

De nos-rentes, pour nos péchés, | Si les quartiers font retranchés,

Pourquoi s’en émouvoir la bile ? | Nous n’aurons qu’à changer de lieu; Nous allions à l'Hétel-de-Ville,

Et nous irons à /’Hdtel-Dieu.

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DE CaAILLY. \ ES

Ce poëte n’a pas la maille, Plaife, Sire, à votre bonté,

Au lieu de le merrre à la taille, De le mettre à la charité.

FURRTIÈREZ. FE:

| | L'argent que tu me dois, Lépine, rends-le-moi, | Tu fais qu’en tes befoins ma bourfe fut à toi, | Et que j'ai, pour t'aider cent fois, vendu mes hardes; Mais rien ne te fléchit, rien ne peut c’effrayer, Tu crois qu’être exempt des gardes,

| b ll C’eft être exempt de payer. | DE CAILLY,

Je pourrois encore citer une cinquantaine

9 2

Codiale de Jérome Sharp. 115$

règles particulières pour la compofition des ca- lembourgs & autres jeux de mots; mais, pour ne pas abufer de la patience de mes leéteurs, je me hâte de venir à la règle générale qui con- tient toutes les autres.

Règle générale pour l'invention des Jeux de

Mots. | M que très-peu d’égard au fens des

paroles, mais que votre oreille foit très-atten- tive au fon & à la prononciation des mots; tâ- chez même, s’il fe peut, d'oublier Porthogra- phe, car, en général, rien ne donne plus de facilité à jouer für le mot que de manquer de goût dans la manière de penfer & de parler.

Maintenant, je prétends qu'avec cette règle, Vous aurez l'avantage de briller en converfation parmi les difeurs de riens, & de Couper la pa- role à toutes les perfonnes de bon fens qui vou- droient s’avifer de parler. raifon ; donnons des exemples :

1°. Je fuppofe qu'un médecin vous parle d’un engorgement dans les vaëfeaux fanguins, in- terrompez-le pour lui demander quels font les plus gros vaiffeaux fanguins, il vous répondra tout bonnement que c’eft l'aorte, la veine porte Ou la veine cave ; répondez - lui qu’il eft dans

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116 Codicile de Jérome Sharp.

l'erreur , &, pour le prouver, citez-lui la flotte angloife qui, quand elle eft mife en déroute par les françois, eft compofée de vaiféaux fans gain.

2°, Si quelqu'un vous parle d’avancer à grand pas, demandez-lui quel eft le plus grand pas; il vous répondra, peut-être, que c’eft un pas de géant ; mais vous lui repliquerez que c’eft le pas de Calais.

30, Si un chirurgien ordonne de coucher un malade dans le plus grand lit, obferv ez-lui que le plus grand lit eft celui de la rivière.

49. Si vous trouvez des contradiéteurs quand vous prétendez que Thémire n’eft pas /7 belle, dites qu’elle peut être une Vénus, mais qu’elle n'eft pas Cybelle.

5°, Si quelqu’un vous blâme pour avoir dit qu'un prince n’a pas le és commun, foutenez hardiment que ceux qui font du fang royal ou fimples gentilshommes n’ont pas le fang commun.

6°, Un homme de lettres fe fâche-t-il contre vous, parce que, fur la fin d’un couplet, vous l'avez traité d'animal; dites-lui que votre cou- plet finit par les deux vers fuivans :

Sans le calcul décimal , Trouverois-tu la rime en imal.

2%. Siun muficien vous chante pouilles , faites-

Codicile de Jérome Sharp. 117

le changer de ton, afin qu’il chante la palinodie fur l’air des trembleurs. 8°, Si un poëte vous parle d’une bergère aflife fur l’Aerbette, dites-lui que vous n’aimez pas fon air bête, 9°. Quelqu'un vous cite-t-il un fait merveil. leux & extraordinaire, dites que vous avez vu un bûcheron qui fe mouroit de faim, quoiqu'il fût chargé de pain ( de pin & de Japin), & un marchand de pain qui ne commerce qu'en vin, (en vain) &c.. 10°. Si quelqu'un fe vante de favoir l’ortho: graphe, demandez -lui comment il faut écrire la phrafe füivante : L’épicier qui vendoit des livres de THÉOLOGIE eff malade, QUELLE FATA- LITÉ ! & apprenez-lui qu'il faut écrire de cette manière : L’épicier qui vendoit des livres de THÉ AU LOGIS eff malade, QUEL FAT ALITÉ ! 11°, Enfin, fi quelqu'un propofe des quef- tions difficiles, dites que vous allez, à votre tour, mettre lés gens à Za gueftion. Demandez quels font les hommes les plus inconfians & les rois qui ont la meilleure mine, peu de per- fonnes fauront que ce font les muficiens & les r0is d'Efpagne, parce Que les premiers chan- gent fouvent de mode (majeur ou mineur), & que les autres pofsèdent les mines d’or au Pérou. Voilà afez d'exemples pour prouver que H ii;

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= * EL = + Le RE

118 Codicile de Jérome Sharp.

les difeurs de mots s’exercent dans un champ auffi vafte que fécond; ne perdons pas de vue que les jeux de mots les plus admiflibles font ceux l’on pañle du fens métaphorique au fens propre, & réciproquement. Un clerc de procureur habillé de vert, fe préfenta dans un bureau pour obtenir de l'emploi; le maître lui dit :

Votre habit nous défend de vous prendre /##s vers,

Cependant tous vos pas ne font que pas de clerc.

Le clerc qui entendoit raillerie, repliqua fine- ment : Monfieur , fi vous m’employez, vous pourrez vous flattef d’avoir employé Ze vert ü le ec.

Finiflons par cette remarque:

Jadis de nos auteurs les pointes ignorées Furent de l’Italie en nos vers attirées;

La raifon outragée ouvrant enfin les yeux, La bannit pour jamais des difcours férieux; Et dans tous fes écrits la déclarant infâme, Par grâce, lui laiffa l’entrée en l’épigramme, Pourvu que fa fineffe, éclatant à propos, Roulât fur la penfée, & non pas fur les mots.

BOILEAU,

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1

Codiale de Jérome SAarp. 119

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Se Lee CuaAPiTRre XXII

>

Moyen d'accorder un Inffrumernit de Mufigue

en un inflant, & [ans tétonner.

Ur» faifeur de tours, pour faire preuve d’adreffe , pofoit fur table huit verres de même grandeur , qui avoient tous le même fon. Il fe flattoit de jouer un air fur ces verres, & de les accorder en un inftant, en y verfant de l'eau. Ceux qui accordent les orgues, les vio- lons ou les clavecins, difoit-il, ne font pas fi adroits que moi, puifqu’ils tâtonnent un quart- d'heure, & qu’ils efflayent vingt fois de fuite le même tuyau ou la même corde pour lu: donner le ton qui lui convient En prononçarit ces pa- roles, il verfoit, d’un feul trait. de l’eau dans les huit verres, & faifoit voir aufli-tôt, en les frappant l’un après l’autre avec une baguette, qu'ils donnoïent avec juftefle, les fons de la gamme ,ut,re, mi, fa, fol, la, fi, ut; & comme il amufoit enfuite la compagnie par un petit carrillon qu’il accompagnoit de fa voix , On Jui

favoit bon gré de la fupercherie qu'il venoit d’em-

ployer pour accorder fon inftrument "2. promptu.

Les verres avoient chacun un petit trou à

des hauteurs différentes , de manière que , quand H iv

1o Codicile de Jérome Sharp.

on les remplifloit tous jufqu’au bord, l’eau s’écouloit par ce petit trou jufqu’à ce qu'il en reftât précifément affez pour donner au verre le ton néceffäire. Par ce moyen, l’inftrument s’accordoit de lui- même en un inftant, & le muficien n’avoit pas befoin de verfer ou de tirer de l’eau à différentes reprifes, pour rendre le fon plus grave ou plus aigu.

Cu ee RE ATTE

Avis à ceux qui veulent apprendre la Mufique Vocale fans mattre, Confirucüon & ufage du Monochorde.

La mufique eft peut-être de tous les beaux- arts le feul dont les premiers principes ne font pas encore développés d’une manière claire & méthodique à la portée des commençans. Quelques auteurs ont traité cette partie d’une manière tellement fcientifique , qu'il faut être al- gébrifte & géomètre pour les entendre; encore ne trouve-t-on dans ces auteurs que des notions purement fpéculatives fur l'harmonie , la pro- priété des fons & la vibration des cordes. D'autres auteurs qui étoient dans cet art Ce que les tailleurs de pierre font en architeëture,

l

Codicile de Jérome Sharp; x2x

en ont décrit les principes d’une manière égale- ment inintelligible & rebutante ; comme ils n’é- toient ni grammairiens, ni logiciens, leurs ex- preflions font barbares, leurs définitions font équivoques, & leur méthode eft nulle, Le P. Buffer, dans fon cours des fciences, fe plaint avec raifon de ce qu'aucun muficien , homme de lettres , n’a entrepris un traité raifonné ; mais élémentaire de mufique.

Pour moi, je voudrois qu’un pareil traité fût compolé par trois perfonnes différentes; favoir, un muficien, un philofophe & un homme'de lettres.

Le premier fourniroit le fonds des idées; le fecond réduiroit ces idées à un fyftème métho- dique , & le troifième retrancheroit de l'ouvrage des deux premiers tout ce qu’il y auroit de fcien- tifique & de pédantefque. J’exigerois que le muficien fût un maître de chant, plutôt qu’un habile compoñiteur, & que le philofophe fût un profefleur de philofophie, plutôt qu’un pro- fond mathématicien, parce que les perfonnes accoutumées à enfeigner donnent en général des démonfirations plus palpables, tandis que les vrais favans, accoutumés à entendre à demi. mot , fuppofent trop fouvent dans leurs lecteurs le même dégré d'intelligence, & femblent n’é- crire que pour propofer des énigmes. En atten-

122 Codicile de Jérome Sharp.

dant la publication d’un pareil ouvrage, nous allons donner ici quelques avis utiles à ceux qui voudroient apprendre à chanter fans mai- tre, ou s'exercer loin du maître, fans contracter de mauvaïifes habitudes.

Il paroît d’abord merveilleux, pour ne pas dire impoffble, qu’un homme apprenne la mu- fique lui feul ; les notes de mufique, dira-t-on, différentes dans leur forme & leur pofition, ne peuvent avoir qu’une valeur arbitraire comme les lettres de l’alphabet : or, une perfonne ne pourroit, par aucun moyen, deviner elle feule la prononciation des lettres de l’alphabet ; donc, par la même raifon, un homme qui n’a jamais reçu aucune leçon de mufique ne pourra jamais trouver le ton & la mefure des différentes notes:

Je réponds qu'il y a une grande différence entre les deux objets de comparaifon; il ef bien vrai que l'écriture préfente aux yeux des fignes pour exprimer des fons de même que la mufique; mais les fons exprimés par des let- tres n’ont guère frappé l'oreille jufqu’à préfent, que lorfqu'ils ont été prononcés par des hom- mes ; il n’eft donc pas étonnant qu’un homme, pour connoître la valeur des lettres, ait befoin d’un autre homme qui en articule la prononcia- tion; il n’en eft pas de même des fons exprimés par les notes de mufique; ces fons peuvent être

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Codicile de Jérome SAarp. 123

rendus par des inftrumens, & ces inftrumens peuvent, en Certains Cas, n0n feulemment tenir lieu de maître , mais encore corriger fes erreurs.

On me dira peut-être que le même inftrument qui, quand il eft d'accord, montre au commen- çant la valeur d’une note de mufique , peut, en perdant fon accord, devenir inutile ou perni- cieux; l'élève qui ne peut l’accorder & qui ignore fi l’inftrument en a befoin, peut, en ce cas, acquérir de fauflès notions, & contracter de mauvaifes habitudes.

Je réponds qu'il s’agit ici d’un inftrument qui, étant compofé d’une feule corde, ne peut jamais manquer d’être d'accord avec lui-même,

comme on va le voir.

Conftruétion du monochorde. Ayezune plan- che 4,2, bien droite & bien rabotée, de trente pouces de long fur trois de large, & un d’é- paifleur; fig. 42.

Ecrivez les lettres ut, au bas de la planche, Comme dans la figure ; trois pouces au deflus, tra- Cez la ligne tranfverfale marquée re; trois pou- ces au deflus de la ligne re, marquez la ligne

124 Codicile de Jérome Sharp.

mi; à un pouce fix lignes au deflus de #7, c'eft- à-dire, à la hauteur d’un quart de la planche en- tière, marquez la ligne fa; deux pouces fix lignes au deflus de fa, c’eft-à-dire, à un tiers de la Hauteur, marquez la ligne fol; deux pou- ces plus haut, marquez la ligne /a ; deux pouces & üne demi-ligne au deflus de /a, marquez la ligne #; &, à la moitié de la planche , marquez la ligne ut.

Entre ces premières lignes, placez-en d’au- tres ponétuées aux diftances fuivantes, favoir ; une à quatorze lignes & demie au deffus de l’ut inférieur ; la feconde, de deux pouces au deflus dere; latroifième , dix lignes au deflus de fa, ou huit pouces quatre lignes au deflus de l'es inférieur ; la quatrième, fept lignes & un quart au deflus de /o/, & la cinquième, un pouce quatre lignes au deffus de /a.

Au deflus de l’ur, qui eft au milieu de la plan- che, vous mettrez de nouvelles lignes tranf- verfales marquéesre, mi, fa, fol, &c.; mais ,en leur donnant feulement la'moitié de la diftance refpeétive qu’elles ont dans la rangée inférieure, de forte que le troifième ut doit fe trouver juf- tement aux trois quarts de la hauteur de la plan- che, ou à fept pouces & demi de l'extrémité fupérieure.

Dans l’épaiffeur de la planche vers le point

Codicile de Jérome Sharp, : 225

A , faites un trou auquel vous mettrez une che- ville comme une clef de violon.

Du côté oppofé, B, mettez un clou auquel vous attacherez un fil d'archal très-mince.

Ce fil d’archal traverfant la planche dans fa longueur & attaché à la cheville, fera plus ou moins tendu, felon que la cheville fera plus ou moins tournée; & fi, vers le point 2, vous pofez tranfverfalement fous le fil d’archal une petite pièce de bois ou de fer, alors le fil d’ar- chal ne touchera point la planche, & produira un fon quand vous le pincerez vers le milieu (avec le pouce de la main droite ); vous pour- rez imiter ce fon avec votre VOIX, en pronon- Gant la fyllabe ze, écrite au bas de la planche; mais fi, en pinçant ainfi la corde du pouce de la main droite, vous rendez la partie fonore plus courte d’un dixième en appuyant le pouce de la main gauche trois pouces au deflus de ce premier t fur la ligne inarquée re, la corde ainfi raccourcie donnera un fon différent du pre- mier, que vous pourrez imiter de la voix, en prononçant la fyllabe re,

Maintenant, fi vous pincez plufieurs fois la corde pour lui faire prononcer fucceflivement les fons ut, re, ut, re, felon que vous la pin- Cérez toute entière, que vous la raccour- | Cirez d’un dixième, vous pourrez exercer votre

126 Codiaile de Jérome Sharp.

voix fur deux fons qui ont entre eux la diffé. rence d’un ton; mais fi, en pinçant la corde, vous appuyez fucceflivement le doigt fur les lignes tran{verfales ,ur,re, mi, fa, fol, la ,fi,ur, foit en montant, foit en defcendant, vous pour- rez monter & defcendre la gamme en pronon- çant ces monofyllabes, & vous exercer fur tous les fons dont les combinaifons, infiniment va- : riées, produifent des airs à l’infini.

Nota. 1°. Que chaque note ur, re, mi, &c. eft éloignée d’un ton de celle qui la précède, ou qui la fuit immédiatement, à l'exception du mi , qui n’eft éloigné du fa que d’un demi-ton, & de l’ut qui n’eft éloigné de Z pareïllement que d’un demi-ton ; 2°, que les notes de la première gamme ont le même nom & le même rapport entre elles que les notes de la gamme fupérieure; 3°, que lorfque deux notes ont entre elles un ton de différence, on peut prononcer un fon moyen qui eft éloigné de chacune d’un de- mi-ton. Ces fons moyens font marqués fur l'inftrument, par les lignes tranfverfales ponc- tuées, & prennent le nom de la note voifi- ne, &c.

Il faut exercer fa voix fur tous ces tons & demi-tons, en les combinant de diverfes maniè- res. On trouve ces combinaifons dans les cahiers élémentaires de mufique; c’eft qu’il faut ap-

Codicile de Jérome Sharp. 127

prendre la valeur des notes & des clefs, la dif- férence des tierces & des quintes majeures ou mineures , la définition de dièze , de bécarre ou de bémol, & la durée des foupirs, demi-foupirs & quarts de foupirs.

Notre but n'étant point d'enfeigner les élé- mens de mufique, en répétant ici des notions communes, nous nous contenterons, pour fa- ciliter l’étude du Chant, de donner d’abord une première obfervation qui fe trouve dans très- peu d'ouvrages, & d’en ajouter quelques autres qu'on ne trouve nulle part.

Lorfque la clef d’une ligne de mufique eft accompagnée d'un ou plufieurs dièzes , d’un ou plufieurs bémols, toutes les notes qu’on trouve fur la ligne, ou entre deux lignes font ces dièzes & ces bémols, doivent être chantées d’un demi-ton plus haut ou plus bas; l’obfervation de ce précepte eft une très-grande difficulté pour les commençans , difficulté que quelques auteurs font évanouir par l’obferva- tion d’une douzaine de règles; mais, comme l'explication de toutes ces régles feroit peut- être ennuyeufe pour nos leéteurs, & trop lon- gue pour le feul chapitre que nous deftinons à cette matière, nous nous Contenterons de donner ici un principe général qui contient toutes ces règles.

128 Codicile de Jérome Sharp.

Quand il y a un feul dièze à la clef, ce dièze tombe toujours fur un fa; il n’y a qu’à chan- ger ce fa en fi, & changer les noms refpectifs de toutes les autres notes, comme fi le dièze étoit une clef de #; par ce moyen, on peut chanter toutes les notes fans aucun égard au dièze qui eft à la clef; la raifon en eft fimple Le fa, qui, de lui-même, n’eft éloigné de mi que d’un demi-ton, doit tre par-tout hauff d’un demi-ton, à caufe du dièze qui eff à la clef, &, par conféquent, être chanté à un ton en tier au deflus de la note inférieure ; or, en chan: geant le fa en fi, il fe trouve précifément à un ton de diftance de la note inférieure, puif que le £ eft naturellement placé à un ton entier au deflus de a. S'il y a deux dièzes à la clef, le premier tombe (ur la note f2, comme noi l'avons dit, & le fecond fur la note wt, ou, pour parler plus généralement, le fecond tombe fur la note qu’on appelleroit 2, d’après la tranf. pofition des notes , indiquée pour un feul dièze; dans ce cas, c’eft cet ur ou ce fa, qui doit être

: changé en /?, comme fi une clef de fe trou

voit à cet endroit.

Mais, quand il y a trois dièzes , le troifième fe trouve fur la note /o/, ou , pour mieux dire, fur la note qui s’appelleroit fa, fi on fuivoit

la tranfpofition indiquée pour deux dièzes: & c’eft

Codicile de Jérome Sharp. r29

c’eft alors ce fa qu’on doit changer en ff, & le refte à proportion.

En général, le premier, le fecond & autres

dièzes de la clef tombent fur les notes fa, ur, Jol, re, &c., éloignées l’une de l’autre de Ia quinte en montant, ou de la quarte en defcen- dant , mais toujours fur une note qu’on change en, & qui s’appelleroit fz s’il y avoit un dièze de moins.

Les bémols à la clef fuivent une marche à peu près pareille en fens oppofé. Un feul bémol tombe fur la note #, qu’il faut changer en fzs le fecond tombe fur la note mi, ou pour par- ler plus généralement, fur la note qui, en fui- vant le changement indiqué pour ün feul bémol, s’appelleroit Z; c’eft alors ce mi ou ce f qu'il faut changer en f2. En général, le premier, le fecond & autres bémols à la clef tombent fur les notes f, mi, la,re, &e., éloignées l’une de l’autre de la quarte en montant, & de la quinte en defcendant , mais toujours fur une note qu'il faut changer en fz, & qui s’'appelleroit sl y avoit un bémol de moins.

Cette règle générale, expliquée ainfi en abré- gé, paroîtra peut-être un peu difficile ; mais, quand une fois on l'aura comprife, foiten lalifant ici avec la plus grande attention , foit en fe la faifant expliquer plus au long par un connoif-

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hi 430 Codicile de Jérome Sharp.

(ji feur, on fera, j'ofe le dire, en état de faire foi | | même des progrès rapides. | 0} Quand on connoît une fois ce principe, on ne trouve plus de difficulté dans l’intonation que pour les dièzes ou bémols accidentels ; mais cette difficulté eft bientôt levée, foit en folfiant à l’aide du monochorde, foit par l’obfervation fuivante. Je fuppofe que, dans un air, je trouve les notes fuivantes : re, mi, fa*, fol, fa, mi, re,

j'obferve que le dièze du fa l'éloigne du mi & le rapproche du /o7/, & que ce fa ainfi hauñfé, éft un demi-ton au defflous du /o7, & à un ton au deflus de mi; j'obferve encore qu’il y a dans la gamme naturelle des notes /0o/, la, ft, ut, ut, ft, la, fol, qui, fansaucun dièze, ontentr’elles le même rapport que les fus dites notes re, mi, fa*, fol, fol, fa*, mi,re; donc le chant des premières que je connois déjà, étant commencé ji fur le ton dere, me donnera le chant des autres | auquel mon oreille n’eft pas encore accoutumée. Hi Pour les bémols, je fuppofe que je trouve | dans le courant d’un air les notes fuivantes, ut, re, mib, fa,miV,re, ut;

Codicile de Jérome SAarp. 131 j'obferve que ces notes ont entr’elles lemême rapport que les notes de la gamme naturelle, mé, fa, fol, la, fol, fa, mi, il n'entre aucun bémol ; &, comme je fais chanter celles-ci fans difficulté, elles m'apprendront facilement l’in- tonation des premières qui paroiffent d’abord plus difficiles qu’elles ne le font.

Les commençans, POUr ne pas multiplier les

difficultés, peuvent chanter avec mefure fans s’'embarraffer de la mefure à deux, à trois ou à quatre temps; il doit leur fuffire de frapper fur la table ou fur les genoux une fois pour une noire, deux fois Pour une blanche, & une fois pour deux croches, ou quatre doubles croches. Pour frapper à temps égaux, il faut s'exercer €n commençant à fuivre avec la main le mou- vément d’une balle fufpendue à un fil > Comme dans la fig. 43.

132 Codicile de Jérome Sharp.

Les vibrations. de cette balle étant ifochrones, c'eft-à-dire , faitesen temps égaux, On ne peut pas avoir une règle plus certaine & de meil- leur guide pour la mefure; il faut feulement alonger ou raccourcir le fil felon qu'on veut chanter plus ou moins lentement.

Pour terminer ce chapitre, il refte à expli quer comment l’auteur , fans jamais avoir reçu aucuné leçon de mufique , parvint à chanter par principes l'air fuivant , quieft très-joli, quoique peu connu en France, mais qui eft bien-connu des buveurs Anglois :

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Codicile de Jérome Sharp.

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1°, Par la règle de la tanfpofition , la clef de Jol avec un dièze fut regardée comme une Clef dur fans diège,

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134 Codicile de Jérome Sharp.

2°. Il cherecha avec le monochorde le ton de toutes les notes, fans s’embarraffler de la me- fure, comme fi c’eût été du plain-chant.

3°. Le fa dièze qui tombe fur le mot drank ne l’embarrafla point, parce qu’il chanta les notes re, mi, fa *, fol, comme s’il y eût eu fol, la, ji, ut, bien entendu qu’il fuppofa ces quatre dernières commencer à la hauteur du re. Le bécarre qui tombe fur le mot abour , & qui tient ici lieu d’un bémol accidentel, ne fut pas plus difficile, parce qu’on chanta les notes, fol,f®, la, comme s’il y eût eu Le, ut, fi,en fuppofant ces trois dernières commencer fur le ton du ol.

4°. Quand on fut par cœur les notes avec leur intonation , il ne fut pas bien difficile de trouver la mefure en obfervant de frapper fur la table une fois pour chaque croche, deux fois pour une noire , deux fois pour la croche poin- tée, fuivie d’une double croche, & une feule fois pour deux doubles croches; voici, avec leur numéro, les coups qu’on frappoit fur la table, à mefure qu’on prononçoit les notes du premier vers : ut,fo,ol-fa,mi,re,e-ut, fi, ut ,re-ut, ft-la, fo , ol. J2 2: Sc 410 6 08 0" 10 IT #2.

I! faut bien fè-garder de croire que, par ce moyen, un commençant ait pu, dans un inf-

o

codicile de Jérome SAarp. 135

tant, trOuveT la mefure d’un air entier; il a fallu, au contraire, s'exercer plufieurs fois fur chaque ligne en particulier, en prenant les no- tes trois à trois ou quatre à quatre.

Quand on fut folfier avec mefure, il n’y euf qu’un pas à faire pour l'application des paro- les; maisil faut avouer que le défir de réuflir, le travail & la patience entrèrent pour quel- que chofe dans ce premier fuccès; c’eft par un moyen femblable qu’on pourroit applanit bien des difficultés dans les fciences!; "il n’eft point de problème d’algèbre qu’un enfant ne +-uifle. apprendre à réfoudre , en avançant à petit pas 5”. tes fciences, font comme une haute Montagne au fommet de laquelle il s’agit de parvenir ; au lieu de la prendre par le côté efcarpé, it faut fuivre une pente douce ; ou, fi l’on er ploye une échelle, multiplier les échelons, &cz

TINEE

iv

136 Codicile de Jérome Sharp.

ee TG RD CHapitre XXIV.

Comment peut-on écrire des Lettres indéchif- frables, en envoyant à : fon C orre/pondant un fimple Ruban ou un Peloton de fil.

L £s deux perfonnes qui font en correfpon- dance fecrette doivent avoir chacune une règle divifée & marquée comme celle-ci, fig. 44.

Celui qui voudra écrire à l’autre fe fervira d’un ruban, d’une ficelle d’un fil qu'il fixera aux deux extrémités de la règle, aux deux endroits marqués par des points vers le point 4 & le point Z ; alors il marquéta "fur le ruban ou fur le fil, foit par un nœud , foit avec de l’encre, la première lettre qu’il voudra indiquer ; enfuite il portera à l'extrémité de la règle vers le point a le nœud ou la marque qui exprime la première lettre; & le fil ou le ruban étant toujours tendu vers

l'extrémité Z, on marquera de même la feconde lettre du difcours qu’on veut annoncer.

Codicile de Jérome Sharp. 137

On continuera de même jufqu’à ce qu’on ait marqué par des nœuds ou par destaches d’encre toutes les lettres dont on a befoin.

Le correfpondant qui reçoit le fil ou le ruban lira facilement cette fingulière lettre en appli- quant le fil ou le ruban fur une règle pareille, & en écrivant fucceflivement fur le papier les lettres indiquées fur la règle par les nœuds ou les taches d'encre.

Nota. Deux perfonnes qui ne veulent pas fe donner la peine de faire de pareïlles règles , peut tout fimplement fe fervir d’un pied-de-roi & prendre différentes longueurs du ruban pour exprimer chaque lettre, par exemple , un demi- pouce pour la lettre 2, deux demi-pouces pour la lettre 5, &c.; mais, fi on vouloit, en fe fers vant de deux pieds-de-roi, faire une lettre in- déchiffrable pour ceux même qui connoiffent ce moyen d'écrire ; il faudroit convenir d'indiquer chaque lettre par un nombre de pouces quine correfpondit pas au rang que la lettre occupe dans l’alphabet; par exemple, marquer le €, troifième lettrede l'alphabet, non par des nœuds éloignés de trois demi-pouces , mais de fept à huit. Pour cela, il feroit bon d’avoir les lettres arrangées de cette manière avec des:chiffres cor- refpondans au nombre de demi-pouces qui ex- priment chaque lettre : ‘s

138 Codicile de Jérome Sharp.

nrygkiomhf t' fu x 7 1234546078 9 101112131415 ÉÉte TRT N E CET 0 DE. 16 17 18 19 20 21 22 23 24.

Aurefte, cette manière d'écrire, quelque com- pliquée qu’elle paroïfle & quelque difficile qu'elle foit à déchiffrer, ne feroit cependant pas indéchiffrable pour celui qui n’en auroit pas la clef , c’eft-à-dire , qui n’auroit point les lettres numérotées comme ci-deffus; il faudroit donc, dans une matière très-intéreflante, convenir, avec le correfpondant, d'exprimer, à chaque mot, par des nœuds, un certain nombre de let- tres inutiles dont on feroit abftraétion dans la

lecture,

ET.

Le op

CHAPITRE. XX V.

Deviner en apparence la Penfée d'autrui.

ee tours par lefquels on paroît deviner la penfée d’une perfonne, viennent fort à propos dans une fociété quelqu'un prétend que tous les tours fe font par l’adrefle des mains. En voici un, qu'on trouve dans Ozanam, mais auquel j'ajourerai quelques circonftances :

1°, On prie une perfonne de penfer un nom-

Codicile de Jérome Sharp. 139

bre (pour ne pas parler d’une manière abftraite, il eft bon de fixer les idées en priant cette per- fonne de penfer, par exemple, un certain nom- bre de louis) ; 2°, on dit à cette perfonne que quelqu'un de la compagnie lui en prête au- tant, & on la prie d'ajouter enfemble les deux quantités pour en connoître la fomme (il eft à propos de nommer la perfonne qui, par la fuppofition, prête un nombre égal au nom- bre penfé, & de prier celui qui fait le calcul d'employer toute fon attention ; l’erreur y eft facile pour celui qui Je fait pour la première lois , à caufe qu'il eft fouvent diftrait par des quolibets, &c.); 3°, on dit à la perfonne : Je ne Vous en prête point, mais je vôus en donne: dix , ajoutez-les à La fomme précédente : 4°, on Continue de cette manière : Donnez-ef la moitié aux pauvres & ne rappelez dans votre efprit que lPautre moitié; 5°, on ajoute : Rendez à monfieur (ou à madame ) ce que vous lui avez emprunté, & fouvenez-vous qu'on vous en a prêté précifément autant que vous en aviez penfé ; 6°, on demande à Ia perfonne qui a fait le calcul, fi elle fait bien ce qui lui refte ; elle répond qu'oui; & on lui réplique : Er mor an/f je de fais, il vous refle précifëment le méme nom- bre que je vais cacher dans ma main ; 7°, on prend dans fa, main cinq pièces d'argent, & on dit à

140 Codiale de Jérome Sharp.

la perfonne : Nommez ce qui vous refte ; elle répond cinq ; & aufli-tôt on ouvre la main pour lui montrer cinq pièces; deffus on ajoute fine- ment : Je favois bien que votre réfultat étoit cinq; mais fi vous aviez penfé un très - grand nombre, par exemple, deux ou trois millions, le réfultat auroit été beaucoup plus grand, & je n’aurois pas eu affez de pièces pour en mettre dans ma main un nombre égal à votre refe, Alorsla perfonne croyant que le réfultat de ce calcul! doit être différent felon la différence du nombre penfé, s’imagine qu'il faut connoitre ce dernier nombre pourdeviner le réfultat, mais cette idée eft faufle; car, dans le cas que nous venons de fuppofer , quel que foit le nombre penfé , il ne peut jamais refter que cinq ; en voici la raifon : La fomime dont on donne la moitié aux pauvres n’eft que de deux fois le nombre penfé pläs dix ; donc, quand les pau: vres ont recu leur part, il ne refte qu’une fois le nombre penfé plus cinq; or, ce nombre penfé fe trouve retranché, quand on rend ce qui étoit emprunté ; donc il ne doit refter que cinq.

Oa voit, par là, qu'il eft facile de connoître d'avance le réfultat, puifqu’il eft la moitié du nombre donné dans la troifième partie de Po- pération ; par exemple, quel que foit le nombre

Codicile de Jérome Sharp. 14t

penfé, le refte fera 36 ou 25 , felon qu’on aura donné 72 ou 50.

Nota. 1°. Que fi on fait le tour plufieurs fois de fuite, il faut que le nombre, donné dans la troifième partie du calcul, foit toujours diffé. rent; caf, fans cela, le réfultat feroit plufieurs fois le, même, ce qui poufroit être remarqué par la compagnie, & lui montrer par là, la marche qu’on a fuivie.

Nota. 2°, Quand on a fini les cinq premières parties du calcul pour avoir un réfultat, il con- vient de ne pas le nommer d’abord, mais de continuer l’opération pour la compliquer, en difant, par exemple : Doublez ce refte, retran- chez deux, ajoutez trois, prenez le quart, &c. On peut fuivre mentalement le calcul pour fa- voir de combien le premier réfültat augmente diminue. Cette marche irrégulière ne man-

que guëre de dérouter les efprits pénétrans qui Voudroiïent la fuivre.

Va A9 me

CuapiTRe XX VI

Deviner le nombre de Jetons qu’une perfonne a caché dans [a main, & cela fans lu faire aucune quefhon.

JE difois un jour à quelqu'un : Monfieur,

mettez dans une main trois pièces de monnoie & fix dans l’autre, je devinerai dans quelle main vous en aurez mis fix : Je vous entends, me dit cette perfonne, vous me ferez peut-être doubler ou tripler le nombre que j'aurai dans ma main droite ; après cela, vous me ferez au- gmenter ou diminuer ce double ou ce triple, en me faifant ajouter ou fouftraire quelque nom- bre ; vous me demanderez le refte ou la fomme & vous connoîtrez par le nombre primitif : Vous n’y êtes pas, lui répondis-je , vous ferez le calcut tout bas, & je ne vous ferai aucune queftion : Mais, me repliqua-t-il, fi je fais le calcul tout bas, ce fera, pour vous, comme fi je n’en faifois point, & ce calcul ne pourra pas vous fervir à deviner : Que vous importe ? lui dis-je, donnez-vous un peu de patience, & vous verrez que j'ai raifon. Alors il mit trois pièces dans une maig & fix dans l’autre, & je

Codicile de Jérome Sharp. 143

commençai à faire le calcul de cette manière: 1°, Doublez le nombre qui eft dans votre main droite ; 2%, triplez celui qui eft dans la gau- che; 5°, ajoutez ce double avec ce triple pour en connoître la fomme ; 4°, partagez cette fomme en deux parties égales; 5°, d’une des moitiés retranchez onze ; 6°, doublez le refte ; 7',ajou- tez-y le nombre trois, &c. &c.

À chaque article il ne répondoit que par ces mots: C’eff fait; & cependant, je devinai qu’il ÿ avoit trois pièces dans la main droite & fix dans la gauche; il crut que j’avois deviné par cas fortuit; mais je lui obfervai que fi, pour faire ce tour , je n’avois eu d'autre moyen qu’un heureux hafard, je n’aurois pas pu être afluré, comme je l’étois, de ne jamais le manquer.

Pour faire ce tour, il faut obferver, 1°, qu'il n'y a que les cinq premières parties du calcul qui foient néceffaires , les deux dernières étant furajoutées pour détourner un peu les perfon- nes qui voudroient deviner ; 2°, que la quatrième & la cinquième parties de l'opération ne font direétement pofibles qu’en tant qu'il y a trois pièces dans la main droite & fix dans la gau- Che; par conféquent, fi celui qui fait le calcul trouve aucune difficulté & ne propolfe au- Cun obfiacle, on voit par là, fans lui faire aucune queftion , dans quelle main font les trois

RE

=

144 Codicile de Jérome SAarp.

& les fix. Mais s'il y en a fix dans la droite & trois dans la gauche, alors la fomme qu'on lui dit de partager dans la quatrième partie du cal- cu) eft 21, & le calculateur vous obferve fou. vent que cette fommre ne peut pas fe partager fans fraction en deux parties égales ; vous lui répondez avec indifférence & fans paroître faire beaucoup d'attention à ce qu'il vous dit, qu'il eft bien le maître de partager en deux parties égales avec fraétion, ou en deux parties iné- gales fans fraétion.

3°. Si, fans vousrien dire, il partage le nom- bre 21 en deux parties égales (dix & demi), vous pourrez ignorer jufqu’à ce moment le nombre qu'il vient de partager, mais la cin- quième partie de l’opération vous tirera bientôt d’embarras; car, ,quand vous prefcrirez de retrancher 11 de cette moitié (dix & démi), on vous dira que c’eft impoflible; vous répon- drez avec négligence & fans paroître faire beau- coup d'attention à ce qu'on vous dit, qu'il eft fort indifférent de retrancher 11 ou 9, & vous continuerez le refte de l’opération, qui, à la vé. rité, fera inutile pour vous faire connoître ce que vous avez à deviner, mais qui fervira à égarer le calculateur dans les recherches qu’il pourroit faire pour opérer ce tour.

CHAPITRE

Codicile de Jérome Sharp. 14$

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CHAPITRE, XVI

Principes mathématiques [ur le Piquet à che- 2 ë ; A val, ou l’art de gagner [on diner en fe promenant.

’ALLOIS un jour à la campagne avec un de mes amis, & nous étions tous deux à cheval. Il me propofa de jouer au piquet, & je lui répondis que je jouerois volontiers une partie quand nous ferions arrivés; mais, me dit-il, nous pouvons jouer au piquet fans cartes & fans mettre pied à terre. Comme je ne connoiflois par le jeu qu’il me propoloit, il me l’expliqua , en me difant, qu'on de nous deux prendroit à volonté un nombre quelconque depuis un jufqu’à dix ; que l’autre \' 4 ajouteroit un autre nombre pris également dans la dixaine pour en avoir la fomme; que le pre- mier ajouteroit à cette fomme tel nombre qu’il voudroit, pourvu qu’il fût toujours au deflous de 11, & que celui de nous qui, en ajoutant ainfi alternativement, arriveroit le premier à cent, gagneroit la partie. Les règles de ce jeu me parurent bien fimples, & je propofai de jouer le dîner à charge de revanche; je nommai premièrement 5 , il ajouta ro pour avoir 18 ; j'a- joutai 10 pour avotr 25; il ajouta 5 pour faire

K

146 Codicle de Jérome Sharp.

30; moi 1 pour 31, & lui 7 pour 38; & moi 9 pour 47, & lui 9 pour 56; & moi 4 pour 60, & lui 7 pour 67; & moi 3 pour 70, & lui 8 pour 78, & moi 2 pour 80, & lui 9 pour 89. Dès ce moment, je compris, fans finir la partie, que j'avois perdu; car, dis-je en moi- même, fi j'ajoute r pour 90, il ajoutera 10 pour faire 100; & fi j'ajoute 10 pour 99, il aura 100 en ajoutant 1; en un mot, quel nom- bre que je choififfe, il n'aura qu’à ajouter ce qui manque pour finir la partie & la gagner.

J'obfervai donc que l’effentiel confiftoit à s'emparer du nombre 89; je demandai ma re- vanche, mais mon adverfaire arriva le premier à 78, & je m'aperçus alors que j'aurois autant de difficulté à attraper 89, que j'en avois eu auparavant à attraper le nombre 100: je com: mençai une troifième -partie en me propofant de parvenir moi-même le premier au nombre 78, pour pañler de à 89, & puis à 100; mais dans cette autre partie, mon adverfaire arriva le premier au nombre 67 ; j'ajoutai 1 pour 68 , & il ajouta 10 pour 78.Je m’aperçus alors que mon adverfaire avoit une marche sûre, & je m'ap- pliquai à la trouver, au lieu de rifquer une qua trième partie.

Je découvris, en y réfléchiffant , que les nom- bres dont il falloit s'emparer pour être sûr de

Codicile de Jérome Sharp. 147

Bagner , étoient ceux-ci, pris dans un ordre ré- trograde.

99, 78,067,56,45,34,23,22, 1.

- Réfléchiffant enfüite fur la nature de ce jeu , je fis des découvertes qui me fervirent à gagner Ma revanche.

J'obfervai d’abord que les nombres ci-deflus, 112,25, 54, &C., pris dans leur ordre natu- rel, forment une progreiion arithmétique dont la différence eft rr, c'elt-à-dire, que chaque terme furpafle celui qui le précède du nombre 11; je vis, en fecond lieu, que tous ces nom- bres, à l'exception du Premier, font compofés de deux chiffres différens , dont le fecond fur- pale le premier d’une unité. J'obfervai » 3 que ces mêmes nombres furpaflent chacun d’une unité feulement les nombres fuivans, compo- fés chacun de deux chiffres égaux.

F322:33:44,55,66, 77, 88, 90.

Cette dernière femarque me parut utile pour foulager la mémoire ; Car, dis-je en moi même, Je prendrai toujours

Ki

| 148 Codicile de Jérome SAarp.

Au deffus de 20 le nombre 22; plus : < 53 1

49 44 I

50 55: L

60 66, I

TR ET EU 2 77 ; I

———— gg ————— 9%»

j'obfervai encore que toutes ces fommes par- tielles dont il falloit s'emparer, & le nombre 100 jui-même , ne font autre chofe que des multi- ples de 11 augmentés d’un, & que le nombre 1 neft lui-même que le plus grand nombre partiel 10 augmenté d’un.

Tâchañt de bien retenir ce principe, & vou jant découvrir une règle générale pour pouvait varier ce jéu à l'infini, & pour pouvoir, à MON tour ,embarraffer mon adverfaire , je fuppofñi qu'on voulût jouer la partie en 50 points , & que le nombre partiel ne pût pas être plus fort que 7; J'aperçus bientôt que, pour gagner Certé partie, les ‘nombres dont il falloit s’emparéf étoient dans un ordre rétrograde 50, 42: 34 26, 18,10 ,2. Je vis donc que ces nombres pris dans leur ordre naturel, étoient

2 égal à 8, multiplié par 0; plus2

10 = 8, + 1, + 2

18 —— 6, + 2, + 2

Codicile de Jérome Sharp. 149

gal à 8, multiplié par 3, plus 2 + 4, _+.2 , + 5, + 2 ; + 6, + 2

c’eft-à-dire , que les nombres dont il faut s’em- parer dans ce cas, ne font autre chofe que des mulriples de 8 auginentés de 2 , & que le nombre 5, dont il faut prendre les multiples, n’eft lui-mé- me que le nombre partiel 7 augmenté de l’unité.

Ce principe particulier comparé avec le pre- mier qui prefcrit de prendre les multiples de IT, plus un, pour arriver à 100, me fit décou- “vrir une règle généraliflime, que J'exprimai de cette manière.

En variant à l'infini le nombre partiel qu'on Convient d’ajouter pour avoir des totaux parti- Culiers, & quel que foit le nombre de points auquel il faut parvenir pour gagner la partie, il faut divifer ia fomme totale de ces points par le plus fort nombre partiel augmenté d’un: les multiples de ce nombre partiel augmenté d'un, étant eux-mêmes augmentés du refte de cette divifion feront précifément les nombres dont il faut s'emparer pour gagner la partie.

Application de cette régle,

Je fuppofe qu’on joue la partie en 134 points K ii

150 Codicile de Jérome Jharp.

à ne pas ajouter plus de 12; je divife 154 par 12 plus 1, c’eft-à-dire, par 13, le quotient eft 10 & le refte 4; de je conclus que les nom- bres, dont il faut s’empärer pour gagner la partie, font les multiples de 13 augmentés de 4, favoir : 4 égal à 13, multiplié par o, plus 17 15» Le EAU TE 30 ES UTRU 2, 43 15» 56 13 69 3 02 19, 95 13 108 13,

4 6, 7 LE 10,

121 14

134 39

Quand je connus la marche générale & le moyen de gagner dans tous les cas , je demandai ma revanche. Mon adverfaire, qui ne foupcon- noit pas la découverte que je venois de faire, foufcrivit à ma propofition. Nous jouâmes d’a- bord la partie en 100 à ne pas pafler 10; & comme il me permit, en commençant la par- tie. de m’emparer des nombres 12, 25, 34» efpérant que je ne fuivrois point la progreflion qu'il croyoit m'être inconnue, il fe trouva fruftré

HHE + ECHO LE + + + + + +

4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4

Codicile de Jérome Sarp. 1S1

de fon efpérance, & comprit bien que j'avois découvert fon fecret.

Alors je lui dis que, pour rendre la partie: plus épale, & la faire dépendre abfolument du hafard , nous pouvions la jouer en un plus grand nombre de points & varier le nombre partie à chaque partie, afin qu'aucun de nous deux ne pût connoître d'avance la Progreflion qu'il faudroit fuivre pour Bagner. Il accepta ce parti u & perdit quatre parties de fuite » ne fachant pas que j’avois un moyen de connoître, en un inf. tant, cette progreflion.

Telcroit embourber autrui > Quifouvent s’em. _bourbe lui-même.

L—— RE ——

CHAPITRE XXVIII.

Divers Tours joués en Angleterre. Avis aux F Tançois qui vont à Londres, M yen fimple de prendre le Loup Vivant.

"ANGLETERRE eftun féjour délicieux, difent quelques enthoufiaftes. La liberté bannie du continent, s’eft réfugiée dans cette île for- tunée ; c’eft que l'homme jouit de toute fa dignité, c’eft qu'il eft permis au fage de penfer & de critiquer fans danger les vices des grands, PATCE Qu'on n’y craint que Dieu & Ja loi. La

liberté de la preffe produit tous les jours